« Israël apartheid, Carrefour complice » : des militants propalestiniens s’invitent à l’assemblée générale du groupe

Militants propalestiniens rassemblés devant le siège de Carrefour à Massy, le 22 mai 2026, brandissant pancartes et slogans dénonçant l’implantation de franchises dans les colonies israéliennes et le partenariat avec l’État israélien. Photo : Nadir Dendoune
« Israël apartheid, Carrefour complice », « Pas de profits sur les crimes israéliens » : vendredi 22 mai, les slogans ont résonné devant l’assemblée générale de Carrefour à Massy (Essonne). À l’appel de plusieurs organisations propalestiniennes et syndicats, dont l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), BDS France, Attac, l’Union juive française pour la paix (UJFP) et l’Union syndicale Solidaires, plusieurs dizaines de militants se sont rassemblés devant le siège du groupe pour dénoncer ses activités dans les colonies israéliennes et ses liens financiers avec le gouvernement israélien.
Parmi eux figuraient notamment Hella Kribi, coordinatrice nationale du parti Générations, ainsi que le député LFI Thomas Portes.
Les manifestants accusent le géant français de la distribution de participer à « l’économie de l’occupation » israélienne depuis la signature, en 2022, d’un accord de franchise avec les groupes israéliens Electra Consumer Products et Yenot Bitan.
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Carrefour complice de l’occupation
Selon les organisations mobilisées, huit magasins franchisés liés à Carrefour opéreraient aujourd’hui dans des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, dont deux directement sous enseigne Carrefour depuis fin 2024 et début 2025. Elles pointent également l’ouverture récente des premiers hypermarchés Carrefour en Israël.
Le PDG de Carrefour avait pourtant assuré à plusieurs reprises que le groupe n’exploiterait aucun magasin dans les territoires palestiniens occupés.
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Le “panier bon marché” : un soutien au régime israélien
Les associations critiquent particulièrement un programme lancé en avril 2026 entre Carrefour Israël et le ministère israélien de l’Économie. Baptisé « panier bon marché israélien », l’initiative prévoit des réductions sur certains produits en échange d’une subvention publique estimée à plus de 50 millions de shekels, soit environ 15 millions d’euros.
Pour les organisations mobilisées, ce partenariat marque un soutien explicite à la politique israélienne, au moment où la guerre à Gaza se poursuit et où les accusations internationales contre le gouvernement israélien se multiplient.
« Carrefour persiste dans une complicité de crime de guerre », affirme Anne Tuaillon, présidente de l’AFPS, qui appelle la France à prendre des mesures contre le groupe. Les militants s’appuient notamment sur l’avis consultatif rendu en juillet 2024 par la Cour internationale de Justice, qui juge illégale l’occupation prolongée des territoires palestiniens par Israël.
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Boycott international : la pression s’intensifie
Pour Imen Habib, figure de la campagne BDS France, la mobilisation vise à maintenir une pression durable sur l’enseigne française. « Le coût de cette complicité devient de plus en plus visible », estime-t-elle. Selon elle, la campagne #BoycottCarrefour, lancée en 2022 par le mouvement BDS, a déjà produit des effets concrets au Moyen-Orient, notamment avec la fermeture de franchises Carrefour dans plusieurs pays du Golfe. « Tant que Carrefour profitera des crimes israéliens contre le peuple palestinien, la campagne continuera », prévient-elle.
Les militants dénoncent également le soutien logistique apporté par Carrefour Israël à l’armée israélienne depuis le début de la guerre à Gaza. Ils citent notamment la distribution de colis aux soldats israéliens et des partenariats avec certaines institutions étatiques israéliennes.

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Une réputation de plus en plus entachée
L’ONG Ekō affirme avoir recueilli plus de 86 000 signatures dans une pétition internationale appelant Carrefour à mettre fin à ses activités dans les colonies et à ses partenariats avec des entreprises israéliennes impliquées dans l’occupation. « Le coût réputationnel devient visible », estime Leyla Larbi, directrice de campagne chez Ekō, qui souligne également la baisse du bénéfice net du groupe en 2025.
La campagne de boycott contre Carrefour, lancée après l’accord de franchise signé en 2022, s’est progressivement internationalisée, avec des actions menées en France, en Espagne, au Brésil, au Sénégal ou encore au Ghana.
