Alice au pays des colons : un documentaire au plus près de la vie sous occupation

En salles le 22 avril 2026, Alice au pays des colons, réalisé par Yanis Mhamdi, propose une immersion rare en Cisjordanie.
Dans Alice au pays des colons, en salles ce mercredi 22 avril, le réalisateur français Yanis Mhamdi propose une immersion rare au cœur de la Cisjordanie occupée. Sans commentaire ni dispositif appuyé, le film montre, au plus près, les effets concrets de la colonisation israélienne sur deux existences palestiniennes prises dans des situations différentes, mais liées par un même horizon fermé.
Deux vies face à l’occupation
La première trajectoire est celle d’Alice Kusiya, jeune femme de Bethléem, israélienne par sa carte d’identité mais issue d’une famille palestinienne chrétienne implantée depuis des générations dans la vallée du Makhrour, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le film la suit sur les collines où se dressaient autrefois le restaurant et la maison familiaux, démolis à plusieurs reprises par les autorités israéliennes. Sa présence quotidienne sur place, son usage de la vidéo pour documenter les faits, sa confrontation régulière avec les colons et l’armée composent le portrait d’une résistance civile, déterminée et méthodique.
Le second récit se déroule plus au nord, dans le village de Madama, encerclé par plusieurs colonies israéliennes. Yanis Mhamdi y suit Alaa Nasr, 27 ans, et un groupe de jeunes habitants qui décrivent la pression croissante qu’ils subissent : agressions, incendies, restrictions de mouvement, checkpoints permanents.
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Filmer la violence du quotidien
Leur choix de rester, malgré les attaques, est présenté comme un acte de résistance quotidien, souvent invisible.
Sans jamais théoriser, le film montre la manière dont l’occupation structure chaque geste de la vie ordinaire : déplacements compliqués, nuits interrompues, surveillance permanente. Quelques voix israéliennes critiques apparaissent également : militants anticolonisation, député de la Knesset, offrant un contrepoint rare et nuancé au récit.
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Un documentaire sobre et puissant
Le documentaire prend le parti d’une mise en scène dépouillée. Caméra au plus près, rythme attentif, refus du spectaculaire : Yanis Mhamdi laisse les situations parler d’elles-mêmes. L’absence de commentaire renforce la dimension factuelle des scènes, qui révèlent, par touches successives, le fonctionnement d’un système d’expulsion et de dépossession.
Depuis la fin du tournage, un élément nouveau est intervenu : en juin 2025, la Cour suprême israélienne a reconnu les droits de la famille Kusiya et ordonné l’expulsion des colons installés sur leurs terres, ouvrant la voie à une possible reconstruction du restaurant familial. Une issue exceptionnelle, qui contraste avec la dynamique générale observée dans le film.
Alice au pays des colons s’impose ainsi comme un document précieux sur la vie en Cisjordanie, dépourvu de didactisme mais riche d’une attention soutenue aux personnes filmées. Un film sobre, précis et d’une grande humanité.
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