Courir pour la Palestine : un marathon devenu mondial

Insaf Bennis, ancienne professionnelle du marketing digital et fondatrice de The Glow Squad, participe au marathon virtuel en soutien à la Palestine depuis Dubaï.
Du 17 au 19 avril, des milliers de participants à travers le monde prennent part à un marathon pas comme les autres. Ni ligne de départ commune ni parcours balisé : chacun court où il se trouve, à son rythme, dans le cadre d’une édition virtuelle organisée en soutien à la Palestine.

Pensé comme une extension du marathon de Bethléem, organisé chaque année depuis plus de dix ans, cet événement connecté vise à contourner les contraintes de déplacement tout en amplifiant la mobilisation.
Le parcours du marathon de Bethléem débute à l’église de la Nativité, traverse les camps de réfugiés d’Aida et de Dheisheh et longe le mur de séparation, faisant de la course un symbole fort. Sa version virtuelle permet aujourd’hui d’en élargir la portée à l’échelle mondiale.
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Le témoignage d’Insaf Bennis
À Dubaï, Insaf Bennis fait partie de ces participants. Son parcours, entre Maroc, Paris et Émirats arabes unis, illustre celui d’une génération mobile et connectée. Venue initialement pour deux ans avec son mari, elle s’y est finalement installée durablement. Huit ans plus tard, elle décrit une vie « stable et entreprenante », loin des clichés associés à la ville. « Il y a une réalité beaucoup plus nuancée, faite d’opportunités mais aussi de recherche d’équilibre », explique-t-elle.
Ancienne professionnelle du marketing digital, elle s’est reconvertie dans le coaching en santé féminine et a fondé The Glow Squad. Mais c’est aujourd’hui à travers ce marathon virtuel que son engagement prend une dimension particulière.
Du geste individuel à l’acte politique
« L’idée, c’est de raconter une autre histoire de la Palestine », souligne-t-elle. « Pas uniquement celle des actualités, mais aussi celle de sa culture, de son hospitalité, de son quotidien », précise-t-elle encore.
Derrière l’initiative, un constat brutal : la difficulté, voire l’impossibilité, de se rendre sur place. « La liberté de mouvement est un droit fondamental, inscrit dans l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Pourtant, aujourd’hui, se rendre physiquement en Palestine est extrêmement compliqué dans le contexte actuel », rappelle-t-elle.
Pour elle, le format virtuel apparaît alors comme une réponse. « Il permet d’amplifier le mouvement, créer une vague de soutien globale, permettre à chacun, où qu’il soit dans le monde, de courir symboliquement aux côtés des Palestiniens », ajoute-t-elle.
Concrètement, le dispositif repose sur une application dédiée : inscription, choix d’une distance, enregistrement de la performance. Chacun court ou marche de son côté.
Mais l’événement va au-delà de cette simple logistique. Un système de récompenses, notamment du merchandising, prolonge l’engagement. « C’est une manière de rendre visible un soutien qui pourrait sinon rester abstrait », observe-t-elle.
Raconter autrement la Palestine
Le marathon revendique aussi une dimension narrative et politique. « C’est une manière de dire au monde : la Palestine, ce n’est pas qu’une actualité tragique, c’est avant tout une culture vibrante, millénaire, vivante », explique-t-elle. Avant d’ajouter : « Dans un monde où les récits façonnent les réalités, participer à ce type d’événement, c’est prendre part à une forme de résistance culturelle et narrative, refuser l’effacement. C’est faire exister la Palestine au-delà des bulletins d’information », martèle Insaf Bennis.
La course elle-même devient métaphore. « Un marathon, c’est 42 kilomètres d’effort, de doute, de douleur. Il y a ce moment, autour du 30e kilomètre, qu’on appelle “le mur”. En Palestine, ce mur existe réellement », souligne-t-elle. Une analogie assumée : « Les Palestiniens vivent leur propre marathon chaque jour, sauf que leur ligne d’arrivée ne dépend pas d’eux. Courir ce marathon, même virtuellement, c’est une manière incarnée de ressentir, ne serait-ce qu’un instant, ce que signifie persévérer dans l’adversité », développe-t-elle.
Une solidarité mesurable
Au-delà du symbole, l’événement s’inscrit aussi dans une logique de soutien concret. Une partie des participants collecte des fonds pour des organisations humanitaires, notamment le Palestine Children’s Relief Fund.
« Les fonds servent à soutenir les familles, les enfants, les blessés. Chaque kilomètre devient un acte de solidarité », souligne-t-elle.
Dans un contexte de saturation informationnelle et de mobilisations fragmentées, ce type d’initiative interroge de nouvelles formes d’engagement. Peut-on faire d’une activité individuelle un acte politique ?
Pour Insaf Bennis, la réponse est simple : « Ce qui m’a frappée, c’est l’accessibilité. On peut participer de n’importe où, quel que soit son niveau. L’essentiel, c’est de prendre part », conclut-elle.
À défaut de franchir certaines frontières, ce marathon virtuel propose d’en contourner d’autres : symboliques, narratives et politiques. Une manière, peut-être, de redéfinir ce que signifie aujourd’hui « faire mouvement ».
