Rabat, capitale du livre : le pari de l’inclusion

Pensée comme une « bibliothèque à ciel ouvert », la capitale marocaine déploie une programmation qui cherche à toucher des publics diversifiés et parfois éloignés de la lecture
Le 23 avril, à l’occasion de la Journée mondiale du livre, Rabat donnera le coup d’envoi de son année comme capitale mondiale du livre 2026. Portée par l’UNESCO, cette désignation s’accompagne d’une programmation de plus de 340 événements. Derrière cette dynamique culturelle, un objectif se dessine : faire du livre un outil d’inclusion et de proximité, au-delà des cercles habituels de lecteurs.
L’enjeu dépasse le seul calendrier culturel. La désignation de Rabat comme Capitale mondiale du livre 2026 s’inscrit dans une logique d’inclusion par la culture. Il s’agit de replacer le livre dans l’espace public et dans les pratiques sociales. Dans un contexte de fragmentation des usages culturels et de montée du numérique, la ville fait le pari inverse : faire du livre un outil accessible, partagé et présent dans le quotidien urbain.
Une bibliothèque à ciel ouvert
Très vite, Rabat entre dans le vif du sujet avec le Salon international de l’édition et du livre, véritable colonne vertébrale de cette année culturelle. Prévu du 1er au 10 mai, le SIEL s’annonce comme un rendez-vous d’envergure, avec près de 890 exposants issus de 60 pays et plus de 130 000 titres présentés, confirmant son statut parmi les plus importants salons du livre du continent africain.
Cette édition mettra la France à l’honneur et rendra hommage à la figure d’Ibn Battuta, explorateur marocain du XIVe siècle. Le programme s’articulera autour de plus de 200 rencontres et débats réunissant quelque 720 auteurs, éditeurs et penseurs.
Pensée comme une « bibliothèque à ciel ouvert », la capitale marocaine déploie une programmation qui cherche à toucher des publics diversifiés et parfois éloignés de la lecture. Lectures publiques dans les places et jardins, marathons de lecture, « nuits du livre », rencontres dans les universités, cafés et bibliothèques : le livre circule dans la ville.
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Le livre comme outil d’inclusion sociale et culturelle
À cela s’ajoutent des dispositifs directement liés à l’enjeu d’inclusion : interventions dans les hôpitaux, les transports, les quartiers périphériques, bibliothèques itinérantes et programmes éducatifs renforcés.
Des auteurs marocains et africains occupent une place centrale de l’événement, aux côtés d’une ouverture vers l’Europe et le monde arabe. Des figures du paysage littéraire marocain comme Leïla Slimani ou Abdellah Taïa sont régulièrement associées aux grandes dynamiques culturelles du pays, aux côtés d’invités internationaux encore annoncés progressivement.
En se déployant sur un an, l’initiative transforme progressivement le rapport de la ville à la culture. L’espace urbain devient support de lecture, de rencontre et de débat. Cette dynamique dépasse la simple programmation événementielle pour interroger la place de la culture dans la fabrique de la ville. Rabat expérimente ainsi, à travers le livre, une manière différente de penser l’accès à la culture : plus diffuse, plus mobile, et potentiellement plus inclusive. Une capitale où la lecture n’est plus seulement un acte individuel, mais un enjeu collectif inscrit dans l’espace public.
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