Portrait. Sara Ouhaddou entre art et artisanat

 Portrait. Sara Ouhaddou entre art et artisanat

Sara Ouhaddou, artiste franco-marocaine, explore l’identité et les savoir-faire artisanaux à travers un alphabet visuel et des collaborations avec des artisans.

Artiste franco-marocaine reconnue sur la scène internationale, Sara Ouhaddou développe une œuvre singulière nourrie par les savoir-faire artisanaux du Maroc et les questions d’identité. À travers un alphabet qu’elle a inventé et un travail étroit avec des artisans, elle réinterprète les héritages pour les inscrire dans l’avenir.

 

Une petite maison en terre façonnée de ses mains alors qu’elle n’était qu’en maternelle. Et une boule colorée en mosaïque, réalisée à dix ans après avoir découvert Niki de Saint Phalle lors d’une sortie scolaire. Sa mère les conserve précieusement dans la maison familiale de Draguignan, où Sara Ouhaddou est née en 1986.

Bien avant de devenir une artiste reconnue sur la scène internationale, la petite Dracénoise fabriquait déjà des objets. Pourtant, elle ne s’imaginait pas suivre cette voie. Elle se voyait davantage biologiste marine ou médecin. Tout bascule en terminale lorsqu’une professeure d’arts plastiques repère son talent et l’encourage à poursuivre des études artistiques. « C’est un pur accident d’orientation », raconte-t-elle aujourd’hui. Un bel accident comme il s’en produit peu.

Après sept années à l’École Olivier de Serres et un premier poste chez L’Oréal, Sara Ouhaddou suit pourtant une autre voie en parallèle. Fascinée par des savoir-faire marocains absents de sa formation, elle commence à mener ses propres recherches. Une quête qui prend une dimension nouvelle en 2015, lors d’une résidence à New York.

Loin de la France et du Maroc, elle mesure pour la première fois combien les autres projettent sur elle une identité qui n’est pas la sienne. C’est de cette fracture entre expérience vécue et perception extérieure que naît l’idée fondatrice de son travail : inventer sa propre langue visuelle.

 

« J’ai ressenti violemment le décalage entre ma culture complexe et les projections des autres qui s’imaginaient que je maîtrisais l’arabe littéraire alors que moi j’ai toujours entendu parler darija et amazigh. En fait, j’ai déconstruit les lettres arabes pour en faire des symboles abstraits. » explique-t-elle.

 

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Cet alphabet imaginaire, qu’elle décline ensuite sur le verre, le textile ou la céramique, devient sa signature. En brouillant volontairement les repères de lecture, elle place le spectateur dans les souliers de celui qui arrive dans un pays dont il ne maîtrise pas la langue et doit malgré tout trouver sa place.

Comme Amina Agueznay, qui représente actuellement le Maroc à la Biennale de Venise, Sara Ouhaddou fait partie de ces artistes qui puisent dans l’artisanat local pour en faire une matière vivante, contemporaine. Mais elle ne crée jamais seule. Ses œuvres naissent de longues collaborations avec des artisans marocains dont elle cherche autant à valoriser les savoir-faire qu’à interroger les pratiques.

Chaque projet devient un espace de négociation, d’expérimentation et d’apprentissage mutuel avec les déconvenues inhérentes. Parmi ces rencontres, l’une des plus magiques est celle de Fouzia, céramiste marocaine devenue une complice de création.

 

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Cette manière de travailler est au cœur de sa démarche. L’artiste revendique un art capable d’agir sur la vie de celles et ceux qui participent à sa fabrication. En rémunérant les artisans avec lesquels elle collabore, elle contribue parfois à l’achat d’une machine, à la location d’un atelier ou à l’ouverture de nouveaux débouchés commerciaux.

2026 restera l’année où tout semble s’être accéléré. À peine achevée son exposition monographique à l’Institut des Cultures d’Islam, elle préparait, enceinte jusqu’aux yeux, les rendez-vous de la Saison méditerranéenne. Tout juste lauréate du Prix BNP Paribas Banque Privée : un regard sur la scène française 2026, elle s’est envolée pour New York pour inaugurer une installation publique dans un parc new-yorkais en hommage à la première génération d’intellectuels arabes installés aux États-Unis.

 

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Et le rythme ne va pas ralentir. Dès le mois suivant la naissance de son enfant, l’artiste dévoilera à Gérone, en Espagne, un nouveau projet consacré au monde arabo-andalou.

Finaliste du prix Her Art 2026, en faveur des femmes dans l’art contemporain, Sara Ouhaddou observe avec lucidité la condition de ses consœurs, malgré l’accumulation de projets. Si les choses évoluent pour sa génération, estime-t-elle, il faut encore sans cesse « légitimer » et « négocier » — plus encore depuis qu’elle est devenue mère.

Pourtant, l’impact dont elle parle avec le plus d’émotion est ailleurs. Après avoir observé son travail autour des savoir-faire traditionnels, sa mère a abandonné son four moderne pour construire elle-même un four en terre afin d’y cuire son pain. « Elle s’est dit : pourquoi pas moi ? »

Depuis la petite maison en terre façonnée en maternelle, Sara Ouhaddou a parcouru bien du chemin. Il n’est pas prêt de s’arrêter.

 

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📍 Où voir son travail cet été

  • S’absenter quelques siècles, et revenirMusée Henri Prades 🗓️ Jusqu’au 31 août 2026
  • Installation monumentaleTours et remparts d’Aigues‑Mortes (invitation du Centre des monuments nationaux) 🗓️ Du 19 juin au 1er novembre 2026
  • Ciels — Terres — Eaux — Feux (en collaboration avec Younès Rahmoun) — Centre d’art contemporain de Châteauvert (Var) 🗓️ Du 3 juillet au 29 novembre 2026

 

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Fadwa Miadi