Portrait. Yahya Achou Ouiy, une anomalie statistique

 Portrait. Yahya Achou Ouiy, une anomalie statistique

Yahya Achou Ouiy, auteur de Un vécu de prépa, consultant et influenceur, raconte un parcours hors norme entre Italie, Maroc et France. Photo : DR

Né à Rome de parents marocains, arrivé à Lille à 15 ans sans parler un mot de français, ce brillant jeune homme a décroché un bac avec 20,42 de moyenne avant d’intégrer Louis-le-Grand. Aujourd’hui consultant, influenceur et auteur de Un vécu de prépa, il veut faire de son parcours un combat contre la reproduction des élites. Portrait d’un caméléon qui n’a pas fini de déjouer les codes.

En bref

  • Yahya Achou Ouiy est né à Rome en 2001 de parents marocains avant de s’installer en France à 15 ans.
  • Arrivé à Lille sans maîtriser le français, il obtient un bac avec 20,42 de moyenne.
  • Il intègre le prestigieux lycée Lycée Louis-le-Grand puis une grande école d’ingénieur.
  • Dans Un vécu de prépa, publié chez Dashbook, il recueille 200 témoignages sur les classes préparatoires.
  • Consultant et créateur de contenus, il milite contre les mécanismes de reproduction sociale.

Pour le petit Yahya, tout commence à l’ombre d’un clocher romain. Né en 2001 de parents marocains, il garde en mémoire la paroisse de son quartier où sa mère l’envoie passer ses après-midis. Non par ferveur religieuse, mais par stratégie d’intégration. « En Italie, si l’église est un lieu religieux, la paroisse est un lieu social. »

C’est là que naît sa passion pour le basket et sa découverte du dolce farniente. Cette capacité italienne à s’asseoir, papoter et déguster une glace tout simplement.

À 15 ans, sa famille s’installe dans le nord de la France. Il fait alors son entrée au lycée avec le niveau d’un LV4 dans la langue de Molière. Ce handicap ne l’empêche pas de décrocher son bac trois ans plus tard avec 20,42 de moyenne.

Car derrière ses boucles brunes et son apparente légèreté, Yahya cache une tête forgée par les énigmes mathématiques auxquelles son oncle, Sidi Mohammed Lalaoui Ben Cherif, aujourd’hui enseignant dans la prestigieuse UM6P, le soumet pendant les étés passés sous la chaleur de Marrakech.

Et aussi des valeurs de fer transmises par ses parents. Pourtant, son père ne sait ni lire ni écrire, sa mère a arrêté l’école trop tôt.

« On était pauvre, mais ils ont fait en sorte qu’on ne le ressente jamais. On avait des habits neufs, la table était toujours pleine. »

Leur legs ? La patience, le sabr, le partage, et surtout ennia — la bonne intention. Et cette phrase martelée chaque jour : « Tu es à ta place. »

Résultat : « Dans ma tête, c’est ma place. Il n’y avait pas de débat. »

 

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Intégrer la meilleure prépa de France

Fort de cette assurance, l’étudiant intègre Louis-le-Grand puis une grande école d’ingénieur. Un parcours que la méritocratie aimerait revendiquer. Mais ce mot lui inspire du « dégoût ».

Pour Yahya, la réussite en France est une « partie d’échecs » dont les règles sont injustes de facto, fondées sur le capital culturel plutôt que sur le talent. Il se voit comme une « anomalie statistique », une « absurdité » du système et certainement pas comme sa vitrine.

Son arme secrète ? Le « mimétisme social ». Ce caméléon mobilise sa culture classique acquise en Italie pour désarmer ceux qui tenteraient de le ramener à ses origines.

Fier de son « italianité » autant que de ses racines marocaines, il refuse la nationalité française et juge la laïcité italienne plus tolérante. En Italie, la présence de croix dans les classes ou de femmes voilées dans l’espace public ne « dérangeait personne ».

Cette tolérance, il la juge absente du débat français, dont la laïcité lui semble « sans aucun sens ».

La France reste pour lui un terrain professionnel : « Je ne crache pas dans le plat dans lequel j’ai mangé… mais ce n’est pas chez moi. »

Quand on s’étonne de son éloquence ou de son absence d’accent, il rétorque avec une pointe de provocation : « Le français, c’est ma LV4 », après l’italien, l’arabe et l’anglais.

 

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Briser l’omerta de la prépa

L’expérience des classes préparatoires a laissé des traces. Après deux ans dans cette « boîte noire » de l’enseignement supérieur d’excellence, il a ressenti le besoin de « tout sortir ».

Il en a tiré Un vécu de prépa, publié chez Dashbook. Il ne s’agit pas d’une autofiction, mais d’un recueil de 200 témoignages anonymisés récoltés via ses réseaux sociaux.

Un livre politique. Car derrière les bonnes notes en mathématiques et en physique se cachent une reproduction violente des privilèges sociaux.

Aujourd’hui consultant en stratégie et influenceur, Yahya Achou Ouiy poursuit ce combat avec un projet de documentaire centré sur les chiffres du ministère de l’Éducation.

« Je ne jure que par les datas », assure-t-il. Car face aux statistiques, personne ne peut contester l’injustice du système.

Son propre parcours sert de fil rouge : 70 CV envoyés pour trouver un stage malgré un 20,42 au bac, preuve que la réussite dépend moins des compétences que de la stratégie familiale et de l’appartenance ethnique.

 

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Le rêve, côté cour

Aîné d’une famille de trois enfants — ses deux sœurs étudient le droit et Sciences Po — Yahya excelle dans le consulting, mais son cœur bat ailleurs.

Grand amateur de cinéma et de mode, il rêve de devenir acteur et de porter des histoires qui émeuvent autant que Le Passage avec Omar Sy, qui l’a laissé « vidé de ses larmes ».

Il aspire aussi à animer un Tonight Show — il a déjà le titre : le Sedari Show, du mot marocain pour « canapé ».

Ses aspirations les plus profondes restent pourtant ancrées dans l’abnégation de ses parents. Son plus grand souhait ? Leur offrir le Hajj.

Et utiliser sa notoriété pour « ouvrir la grande porte » à ceux qui lui ressemblent. Et qu’ils n’aient plus besoin d’envoyer 70 CV avant de décrocher un job.

 

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Vos questions sur Yahya Achou Ouiy

Qui est Yahya Achou Ouiy ?

Yahya Achou Ouiy est un consultant, influenceur et auteur franco-marocain connu pour son parcours scolaire exceptionnel et son analyse des mécanismes de réussite sociale.

Pourquoi Yahya Achou Ouiy parle-t-il d’une « anomalie statistique » ?

Il considère que son parcours est exceptionnel au regard des statistiques sociales, estimant que l’accès aux grandes écoles reste fortement influencé par l’origine sociale et le capital culturel.

Comment Yahya Achou Ouiy a-t-il intégré Louis-le-Grand ?

Arrivé en France à 15 ans sans parler français, il a progressivement rattrapé son retard scolaire avant d’intégrer le prestigieux lycée parisien Louis-le-Grand.

Que raconte son livre Un vécu de prépa ?

Publié chez Dashbook, l’ouvrage rassemble 200 témoignages anonymisés recueillis auprès d’étudiants de classes préparatoires pour dévoiler leur expérience de ce système d’excellence.

Quel combat mène aujourd’hui Yahya Achou Ouiy ?

À travers ses contenus et ses projets, il cherche à dénoncer les inégalités d’accès aux grandes écoles et à ouvrir davantage les portes de la réussite.

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Fadwa Miadi