Portrait. Dalila Dalléas Bouzar : la peinture comme acte de résistance

Dalila Dalléas Bouzar en train de peindre à la résidence de l’institut français Villa Swagatam au Kalhath Institut, lucknow Inde (crédit photo : archives personnelles de Dalila Dalléas Bouzar)
Archives coloniales réappropriées, performances engagées et peintures rupestres revisitées,… l’artiste franco-algérienne, Dalila Dalléas Bouzar construit une œuvre où mémoire, histoire et création dialoguent. En 2026, ses expositions au Louvre-Lens, à Paris, à Toulouse et à Abidjan consacrent une reconnaissance qui ne cesse de grandir.
En bref
- Dalila Dalléas Bouzar expose en 2026 au Louvre-Lens, à Paris, à Toulouse et à Abidjan.
- L’artiste franco-algérienne intègre pour la première fois une collection nationale avec son œuvre Princesses.
- Son travail réinterprète les archives photographiques de la guerre d’Algérie et questionne les mécanismes de représentation.
- Avec Vaisseau Infini, elle revisite les peintures rupestres du Tassili n’Ajjer pour inscrire l’histoire de l’Algérie dans une temporalité plus longue.
- Ses performances, comme Le Sang des innocents, prolongent son engagement artistique et politique.
Les archives coloniales au cœur de l’œuvre de Dalila Dalléas Bouzar
L’année 2026 marque un tournant dans le parcours de Dalila Dalléas Bouzar. Son travail est présenté simultanément au Louvre-Lens, dans le cadre du festival Le Nouveau Printemps à Toulouse, mais aussi à Paris, à l’Institut des Cultures d’Islam et au Palais de la Porte Dorée. Il est également exposé à Abidjan, à la galerie Cécile Fakhoury.
Consécration supplémentaire : à 52 ans, l’artiste intègre pour la première fois une collection nationale. Son œuvre emblématique Princesses a rejoint les collections du Musée d’Art contemporain de Marseille.
Cette série de portraits constitue l’un des axes majeurs de sa démarche artistique. Puisant dans les archives photographiques de la guerre d’Algérie, notamment les photographies d’identité imposées dans le contexte colonial, Dalila Dalléas Bouzar a choisi de les reproduire en y intégrant son propre visage.
Ainsi, un ancien autoportrait, qu’elle jugeait raté, rejoint les visages d’autres femmes. Le résultat est troublant. Il devient difficile de l’identifier parmi elles. Peintes sur des fonds sombres, toutes portent des couronnes et des tatouages.
À travers cette série, la plasticienne interroge les mécanismes de représentation et restitue une présence à des femmes souvent réduites au statut d’objets du regard.
« Ce travail vise à la fois une réparation et une réappropriation des images », souligne-t-elle.
Revisiter l’histoire de l’Algérie par la peinture
Son intérêt pour les récits invisibilisés remonte à l’enfance. Révoltée très tôt par les inégalités subies par les femmes, Dalila Dalléas Bouzar fait de la peinture un moyen de briser ce silence.
Pourtant, après le baccalauréat, elle s’oriente d’abord vers des études de biologie. En 1997, un workshop de peinture à Berlin agit comme une révélation. Elle abandonne alors son cursus scientifique pour intégrer les Beaux-Arts de Paris.
De cette première formation, elle conserve une approche presque organique de son médium.
« La peinture est une matière vivante, une interface entre le corps et le monde », explique-t-elle.
Parmi ses références figurent notamment Louise Bourgeois, dont elle admire la persévérance et l’indépendance, ainsi que Hilma af Klint, longtemps restée à l’écart du récit dominant de l’art moderne.
Cette volonté de revisiter les récits historiques se retrouve également dans Vaisseau Infini (2023).
Pour cette installation monumentale, l’artiste s’est rendue en Algérie. Au cœur du massif du Tassili n’Ajjer, elle a étudié les peintures rupestres néolithiques conservées sur le site.
À travers leur reproduction et leur réinterprétation, elle souhaite replacer l’histoire algérienne dans une temporalité beaucoup plus vaste.
« Je voulais mettre en lumière la richesse d’un patrimoine préhistorique souvent méconnu. »
Quand la performance devient un engagement politique
Depuis plusieurs années, Dalila Dalléas Bouzar développe également la performance.
Là où la peinture inscrit les images dans le temps long, la performance devient un espace d’intervention immédiate.
Réalisée en 2024 en réaction à la guerre à Gaza, Le Sang des innocents a suscité une importante couverture médiatique.
Marchant pieds nus dans une matière rouge évoquant le sang, l’artiste mobilise son propre corps pour exprimer une prise de position politique face aux violences du conflit.
De la réappropriation des archives coloniales aux performances ancrées dans l’actualité, Dalila Dalléas Bouzar construit une œuvre où l’art apparaît comme une tentative d’agir sur le monde.
Une démarche qui trouve aujourd’hui un écho croissant dans les institutions culturelles, alors que les questions de mémoire, de représentation et de transmission occupent une place centrale dans le débat public.

Vos questions sur Dalila Dalléas Bouzar
Qui est Dalila Dalléas Bouzar ?
Dalila Dalléas Bouzar est une artiste franco-algérienne dont le travail mêle peinture, performance et réflexion sur la mémoire coloniale, l’histoire de l’Algérie et les questions de représentation.
Où voir les œuvres de Dalila Dalléas Bouzar en 2026 ?
Ses œuvres sont présentées au Louvre-Lens, à l’Institut des Cultures d’Islam, au Palais de la Porte Dorée, dans le cadre du festival Le Nouveau Printemps à Toulouse, ainsi qu’à la galerie Cécile Fakhoury à Abidjan.
Pourquoi la série Princesses est-elle importante ?
Cette série revisite des photographies d’identité prises pendant la guerre d’Algérie. En y intégrant son propre visage, Dalila Dalléas Bouzar réinterroge les archives coloniales et redonne une présence à des femmes longtemps réduites au statut d’objets du regard.
Quel est le fil conducteur de son œuvre ?
À travers la peinture et la performance, Dalila Dalléas Bouzar explore les liens entre mémoire, histoire, transmission et engagement politique, en faisant de l’art un outil de réparation et de réappropriation des récits.
