La gymnaste Djenna Laroui visée par un déferlement raciste après avoir choisi l’Algérie

 La gymnaste Djenna Laroui visée par un déferlement raciste après avoir choisi l’Algérie

La gymnaste Djenna Laroui fait face à une vague d’attaques racistes après avoir choisi de représenter l’Algérie. © Abdesslam MIRDASS / AFP

Il y a des gens qui font des doubles saltos, et d’autres qui ne savent même pas sauter au-dessus de leur propre haine. Depuis que Djenna Laroui, 21 ans, a annoncé qu’elle quittait l’équipe de France pour représenter Algérie, une meute de champions du clavier s’est découvert une passion pour la géopolitique… et pour le racisme décomplexé.

Une décision sportive devenue affaire politique

Djenna Laroui, elle, n’a rien demandé à personne. Elle n’a tué ni équipe, ni drapeau, ni hymne. Elle a simplement décidé d’honorer le pays de ses origines.

Et là, d’un coup, Internet s’est transformé en vestiaire moisi d’extrême droite : insultes, menaces, commentaires sur sa « vraie nationalité », fiel craché à la chaîne.

C’est aussi cela, une partie de la France de 2026 : il suffit qu’une sportive franco-algérienne choisisse l’autre partie de son identité pour révéler que beaucoup n’ont toujours pas digéré 1962.

Déferlement raciste et enquête judiciaire

Résultat : plainte déposée, enquête ouverte. Le parquet de Paris a confié le dossier à l’OCLCH, l’office chargé des crimes de haine.

On n’en est plus à trois trolls frustrés. Il est question d’un déferlement coordonné, de dizaines de profils crachant la même rage au même moment. Le racisme en ligne bourdonne fort dès lors que certains estiment que vous n’êtes « pas assez français ».

L’avocat de Djenna Laroui, Nabil Boudi, l’a résumé clairement : « Ma cliente a été harcelée en raison de sa nationalité algérienne. »

 

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Un malaise plus large

Et qu’on ne vienne pas invoquer le grand classique du « patriotisme blessé ». Le patriotisme ne se mesure pas à la capacité d’envoyer des GIF racistes sous le message d’une athlète. Il consiste aussi à se réjouir qu’une fille du pays, de nos quartiers et de nos familles devienne une championne, qu’elle porte un justaucorps bleu-blanc-rouge, vert ou arc-en-ciel.

Ce n’est d’ailleurs pas une première. En 2022, Kaylia Nemour avait déjà choisi l’Algérie, avant de devenir championne olympique.

L’affaire Djenna Laroui met en lumière un problème plus large : en France, certaines personnes continuent de juger les individus à l’aune de leurs origines. Dans ce contexte, des sportifs peuvent se retrouver face à un choix difficile entre leur carrière et l’exposition au racisme.

Djenna, elle, a fait un salto avant. Elle est partie là où elle pense que son talent sera respecté. Et c’est tout ce qu’on peut lui souhaiter.

 

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension. Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France. Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations. Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.