Portrait. Sarah Ourahmoune : de championne olympique aux combats pour les femmes

 Portrait. Sarah Ourahmoune : de championne olympique aux combats pour les femmes

Sarah Ourahmoune, ancienne championne olympique et militante pour l’émancipation des femmes par le sport. © Marie Lopez-Vivanco

Vice-championne olympique, entrepreneuse et militante, Sarah Ourahmoune a déplacé son combat hors des cordes. Aujourd’hui, la boxeuse la plus médaillée de France utilise le noble art comme un outil d’émancipation et de transmission.

« Nunca desista ». Deux mots portugais, que l’on peut traduire par « ne jamais abandonner », que Sarah Ourahmoune découvre alors qu’elle vient d’atterrir à Rio de Janeiro et qu’on la conduit au village olympique. Nous sommes en 2016 et cette année-là, elle décroche la médaille d’argent. La phrase deviendra l’incipit de son livre Mes combats de femmes, publié en 2019.

En réalité, ce mantra la guide depuis bien plus longtemps. Née en 1982 à Sèvres, elle grandit à Aubervilliers au sein d’une famille modeste de six enfants. À 14 ans, presque par hasard, elle pousse la porte d’une salle de boxe anglaise, le Boxing Beats. Elle ne la refermera plus et deviendra la première femme en France à y être licenciée.

Le ring devient rapidement un révélateur. Adolescente introvertie en manque de confiance, elle y découvre une puissance inattendue. Discrète dans la vie, elle devient sur le ring « la patronne », libérée du regard des autres. Cet espace, elle le décrit comme un « sérum de vérité », où tout se joue sans filtre.

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Championne du monde

« Malgré mon mètre cinquante-sept, je ne me considère jamais comme une petite chose en attente de protection. Je ne peux compter que sur moi. Il se trouve que je dispose d’un corps, alors je le façonne », confie la sportive à la trajectoire fulgurante.

Elle est sacrée dix fois championne de France, devient championne du monde en 2008, puis vice-championne olympique aux Jeux de Rio en 2016. Cette pionnière dispute 265 combats, un record en France, chez les femmes comme chez les hommes, dans la catégorie des moins de 51 kg. Elle raccroche les gants après Rio, au terme de 25 années de haut niveau rythmées par deux à trois entraînements par jour. Elle n’a alors que 34 ans.

Mais Sarah Ourahmoune n’a jamais été seulement une boxeuse. Jeune maman, elle intègre Sciences Po, devient cheffe d’entreprise et construit un parcours à la croisée du sport, de l’éducation et de l’engagement social.

Dès 2011, elle fonde l’association Boxer Inside, qui utilise les valeurs de la boxe comme levier d’engagement physique et mental. Le projet se déploie à Aulnay-sous-Bois et dans le 13e arrondissement de Paris, à travers des tiers-lieux sportifs. De jeunes juges-arbitres y sont formés dès 10 ans pour transmettre éthique et confiance en soi.

Infatigable, elle développe aussi des programmes éducatifs pour enfants et intervient auprès de jeunes en situation de handicap comme éducatrice spécialisée. En parallèle, elle lance en 2021 Les Puncheuses, un programme d’empowerment destiné aux femmes, mêlant boxe, développement personnel et prise de parole.

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Un engagement contre les violences faites aux femmes

Après les Jeux de Rio, un drame personnel la marque profondément. L’une de ses amies est tuée par son ex-compagnon. Ce choc renforce encore son engagement contre les violences faites aux femmes. Pour sensibiliser à ce fléau, la championne devient marraine de nombreuses manifestations sportives.

Elle s’inscrit également dans des initiatives collectives, notamment autour de la grève des femmes prévue le 13 octobre prochain, inspirée d’un mouvement islandais visant à accélérer l’égalité entre les femmes et les hommes. Par ailleurs, la boxeuse la plus médaillée de France siège au Comité olympique et copréside la filière sport au ministère de l’Économie et des Finances. « La boxe a été un ascenseur social », confie-t-elle, évoquant un parcours qui l’a menée jusqu’à des fonctions institutionnelles.

Son chemin n’a pourtant pas été linéaire. La non-qualification pour les Jeux de Londres en 2012 a été une épreuve difficile, qu’elle surmonte quatre ans plus tard en se qualifiant pour Rio. Cet accomplissement prend des allures de revanche, la réalisation d’un rêve d’enfant.

Aujourd’hui tournée vers la transmission, elle est en pleine rénovation d’un domaine en Bourgogne. Ce lieu accueillera des stages destinés aux femmes et mêlera sport, écriture et nature, pour partager ce que la boxe lui a appris depuis toujours : ne jamais douter de sa capacité à accomplir de grandes choses.

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