Portrait. Sonia Dridi, au cœur du show Trump

 Portrait. Sonia Dridi, au cœur du show Trump

Sonia Dridi, correspondante de LCI à Washington, devant la Maison-Blanche où elle couvre la politique américaine au quotidien. Photo : DR

Correspondante à Washington depuis dix ans, Sonia Dridi observe la politique américaine au quotidien. La journaliste franco-tunisienne revient sur son parcours qui l’a menée de la place Tahrir, au Caire, à la Maison-Blanche.

Lorsqu’elle traverse les couloirs de la Maison-Blanche, badge au cou et micro en main, elle sait qu’elle marche dans l’un des théâtres politiques les plus observés du monde. Le 25 avril dernier, alors que Donald Trump échappe à une nouvelle tentative d’assassinat, elle est présente dans cet hôtel où se tient le gala des correspondants de la presse américaine.

Elle ? Sonia Dridi. Cette journaliste française dont le président américain a un jour feint « de ne pas comprendre un mot de ce qu’elle dit » à cause de son accent.

 

Depuis janvier 2023, elle est la seule Française à faire partie du très fermé White House Foreign Press Group, ce cercle restreint de correspondants étrangers autorisés à suivre le président américain au plus près. Elle se trouve ainsi au cœur du sérail, avec un accès occasionnel au Bureau ovale.

Depuis l’été 2025, correspondante pour LCI à Washington, Sonia Dridi observe la vie politique américaine à hauteur de pouvoir, dans une Maison-Blanche où les codes changent aussi vite que les rapports de force. Cette quadra voit la salle de presse évoluer avec l’arrivée d’influenceurs, de podcasteurs militants et de nouveaux acteurs médiatiques. « Parfois, cela ressemble à une cour des miracles », sourit-elle.

Face à Donald Trump, elle découvre un personnage contradictoire : hostile à la presse, mais fasciné par elle ; méprisant envers les journalistes, mais toujours disponible pour la caméra. « Il aime faire la une », résume-t-elle.

 

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Face à Donald Trump, elle réclame la vérité

Un jour, alors qu’elle l’interroge sur d’éventuels droits de douane contre l’Europe, Trump la fixe et lui lance : « La réponse politique ou la vérité ? ». Elle choisit la vérité.

Dans cette seconde suspendue se résume peut-être tout son métier : ne pas se laisser distraire et obtenir ce qui compte. Ni les remarques sur son accent, ni les tentatives de déstabilisation ne semblent l’atteindre.

 

« Je ne me laisse absolument pas déstabiliser par son comportement… il faut continuer de poser des questions qui nous importent. »

 

D’autant plus qu’en tant que journaliste étrangère, elle estime avoir un rôle particulier pour mettre en lumière des sujets parfois moins traités par ses confrères américains. Concernant les droits de douane, cet échange marque selon elle la première confirmation explicite par Donald Trump de son intention d’en mettre en place, provoquant ensuite une réaction d’Emmanuel Macron.

 

Pour décrypter la machine politique américaine, Sonia Dridi s’astreint à une discipline rigoureuse : journées entières à suivre les briefings, soirées à recouper les informations. La première fois qu’elle entre dans la briefing room de la Maison-Blanche, elle est surprise.

 

« C’était beaucoup plus petit que ce que j’imaginais. Ce qu’on voit dans les films, les séries… »

 

Mais son regard s’est forgé bien avant Washington. Née à Paris en 1985, franco-tunisienne, Sonia Dridi nourrit depuis l’enfance le désir de devenir journaliste. Une vocation née d’une envie précoce de raconter le monde, de comprendre comment les gens vivent ailleurs. « Enfant, je passais mes étés en Tunisie et je voyais les contrastes avec cette partie de ma famille paternelle très modeste qui y vivait. »

En 2003, elle intègre Sciences Po avec l’idée de réaliser un jour le type de documentaires qu’elle regardait sur Arte, ces récits qui permettent de comprendre le monde à travers les histoires de ceux qui l’habitent. Elle poursuit ensuite à l’École de journalisme de Paris, dont elle sort diplômée en 2008 avec une spécialisation en télévision.

 

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Première journaliste européenne à interviewer Abdel Fattah al-Sissi

Elle débute alors comme pigiste pour plusieurs médias parisiens avant qu’une opportunité ne l’amène en Égypte. À 25 ans, elle s’envole pour Le Caire pour France 24, sans imaginer qu’elle va couvrir une révolution. Nous sommes en 2011, en plein printemps arabe.

Pendant près de cinq ans, elle suit les bouleversements politiques du pays, la rue en fusion, les espoirs démocratiques puis les désillusions. Elle devient la première journaliste européenne à interviewer Abdel Fattah al-Sissi. En parallèle, elle réalise deux documentaires : l’un consacré au harcèlement sexuel en Égypte, l’autre tourné un an après la révolution de la place Tahrir.

Lorsqu’elle s’installe à Washington en juin 2015, l’Amérique qu’elle découvre ne lui est pourtant pas totalement étrangère. « La haine qui a grandi aux États-Unis envers les journalistes, la perte de confiance… tout ça, je l’avais déjà vu en Égypte », observe-t-elle. Dans certains réflexes de Donald Trump, elle reconnaît des mécanismes familiers : disqualifier la presse, polariser l’opinion, transformer chaque contradiction en affrontement personnel.

« Aux États-Unis comme en Égypte, j’ai débarqué sans m’imaginer vivre des tournants historiques », raconte-t-elle aujourd’hui. « C’est fascinant et éprouvant, parce que ça fait quinze ans que je vis l’actualité à 100 à l’heure. »

Auteure d’un livre consacré à Joe Biden aux Éditions du Rocher, qu’elle décrit comme un homme au tempérament rugueux — ce fameux Irish temper — mais profondément humain, Sonia Dridi cherche à aller au-delà du flux quotidien de l’actualité. Comprendre les caractères, les structures et les lignes profondes du pouvoir américain demeure, dit-elle, ce qui la passionne le plus dans son métier.

Pour décompresser, elle privilégie ses enfants, la course, la marche, la lecture ou la salle de sport « comme tout le monde aux États-Unis ». Et puis il y a ce cercle d’amis devenu, avec les années et l’éloignement, une forme de nouvelle famille.

 

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Fadwa Miadi