Égypte : une Libanaise condamnée à 8 ans de prison pour avoir dénoncé un harcèlement sexuel

 Égypte : une Libanaise condamnée à 8 ans de prison pour avoir dénoncé un harcèlement sexuel

Mona El-Mazbouh dans sa deuxième vidéo postée sur Facebook


Mona al-Mazbouh, une Libanaise de 24 ans se souviendra longtemps de son voyage en Égypte. Ce samedi 7 juillet, elle a été condamnée à huit ans de prison pour "atteinte" au peuple égyptien, après la diffusion d’une vidéo dans laquelle elle affirmait avoir été victime de harcèlement sexuel.


Cette touriste avait été arrêtée fin mai à l’aéroport du Caire alors qu’elle s’apprêtait à quitter le pays. Mona al-Mazbouh avait diffusé une vidéo sur Facebook, largement partagée, dans laquelle elle affirmait avoir été victime de harcèlement sexuel dans la rue et accusait les Égyptiens de vol et d’arnaque. Bref, rien qui ne mérite d'être condamnée à 8 ans de prison. 


Ces accusations ont ulcéré des citoyens égyptiens dont certains ont appelé à son arrestation et déposé plainte. Cette femme a alors diffusé une autre vidéo affirmant que son intention n’était pas d’insulter les Egyptiens et que, dans son précédent enregistrement, elle ne mettait pas en cause "tout le peuple égyptien".


Des excuses qui n'ont servi à rien puisque ce samedi donc, un tribunal du Caire l’a condamné d'abord à 11 ans de prison avant, dans un acte de générosité !, de modifier son verdict à 8 ans une heure plus tard. Elle a été reconnue coupable d’avoir "porté atteinte au peuple égyptien". Le parquet l’avait accusée notamment de "propagation de fausses rumeurs et d’atteinte aux religions".


L’avocat de Mona al-Mazbouh a fait appel et une audience se tiendra le 29 juillet. "Avec tout le respect dû à l'institution judiciaire, c'est un verdict sévère. Il rentre dans le cadre de la loi, mais le tribunal a appliqué la peine maximale", a commenté  Emad Kamal, ajoutant que sa cliente souffrait de dépression et qu'elle avait subi une opération en 2006 rendant plus difficile le contrôle de ses émotions.


Les défenseurs des droits de l'homme égyptiens disent devoir faire face à la plus féroce répression qu'a jamais connue le pays sous le régime du président Abdel Fattah al Sissi, investi début juin pour un deuxième mandat.


On espère que la justice égyptienne reviendra à la raison et que la jeune fille pourra retrouver les siens qui ne doivent plus dormir…


Nadir Dendoune

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.