Portrait. Salim Mounir Alaoui, le Marocain qui avait la tête dans le cloud

 Portrait. Salim Mounir Alaoui, le Marocain qui avait la tête dans le cloud

Salim Mounir Alaoui, chercheur marocain en intelligence artificielle et pionnier du cloud computing. © DR

Repéré au Maroc par un professeur américain, formé aux États-Unis où il a participé à des projets de recherche pour la NASA, puis chercheur chez Orange, Salim Mounir Alaoui a construit un parcours qui l’a conduit parmi les pionniers de l’intelligence artificielle. Portrait d’un chercheur pour qui les plus grandes innovations naissent souvent d’une idée d’abord jugée excentrique.

En bref

  • Salim Mounir Alaoui est un chercheur marocain spécialisé dans l’intelligence artificielle.
  • Il a été repéré à l’Université Al Akhawayn par un professeur américain.
  • Il a travaillé sur des projets de recherche liés à la NASA et au Département de la Défense américain.
  • Dans les années 1990, il participe aux travaux précurseurs du cloud computing.
  • Il appelle les jeunes entrepreneurs marocains à cultiver l’audace et l’originalité.


La différence comme moteur de découverte

Adolescent, Salim Mounir Alaoui, en inconditionnel de Dire Straits, se voit déjà passer sa vie sur scène, une guitare à la main. Mais ses parents l’encouragent à suivre son autre passion : les sciences et l’informatique. Un choix qui le conduira aux avant-postes de l’intelligence artificielle.

C’est à l’Université Al Akhawayn qu’un professeur américain remarque son potentiel et lui ouvre les portes des États-Unis. « Il m’a « importé », comme il aime à le dire », raconte-t-il en souriant. Son mentor lui obtient un financement intégral de ses études et l’associe à des projets de recherche menés pour la NASA et le Département de la Défense américain. Une rencontre qui change sa vie.

Cette singularité, son entourage l’avait perçue bien avant les chercheurs américains. Très tôt, sa famille l’a considéré comme un original. Une réputation qu’il revendique aujourd’hui pleinement, convaincu que les chemins de traverse sont souvent ceux qui mènent aux grandes découvertes. « L’excentricité est sans doute la qualité la plus importante en recherche », confirme-t-il.

Étonnamment, la personne qui a le plus compté dans son parcours n’est ni un professeur américain ni un patron de la Silicon Valley, mais son grand frère. « Il a toujours cru en moi, tout comme ma famille. »

A lire aussi : Portrait. Yahya Achou Ouiy, une anomalie statistique

« J’ai mis en place un cloud avant le cloud »

À la fin des années 1990, pendant son doctorat au Florida Institute of Technology, Salim travaille déjà sur le calcul distribué, les architectures Beowulf et les technologies qui ouvriront la voie au Grid Computing, puis au Cloud Computing — à une époque où le mot « cloud » n’existe pas encore.

« Beowulf a appris à faire collaborer des machines. Le Grid a appris à faire collaborer des centres de calcul. Le Cloud a transformé cette puissance en un service accessible à tous. » Puis il résume, avec un sourire : « J’ai mis en place un cloud avant le cloud ! »

En 2002, il décroche son doctorat en intelligence artificielle. Des États-Unis, il garde le souvenir d’une période intellectuellement exaltante.

« J’y ai appris à voir la recherche à grande échelle. J’avais demandé une Silicon Graphics. J’en ai reçu douze. Je me suis retrouvé administrateur de ces douze machines. Je ne connais aucun autre pays où la recherche dispose d’autant de moyens, aussi facilement. »

Pour autant, à ses yeux, la recherche est d’abord une école de l’échec. « Sur une idée qui fonctionne, dix sont des flops. »

Il se souvient ainsi avoir passé plusieurs mois à tenter de résoudre un problème de programmation parallèle sur une plateforme Beowulf — qu’un collègue résout, lui, en deux jours. « Cela m’a appris l’humilité, le travail d’équipe, et m’a remis à ma place avec mes limites. »

> A lire aussi : Portrait. Mehdi Moussaïd, dans la tête des foules

Transformer la technologie en usages

Couverture du livre L’Intelligence artificielle ou l’accélération du monde de Salim Mounir Alaoui, éditions Edilivre-Aparis.
L’Intelligence artificielle ou l’accélération du monde de Salim Mounir Alaoui, publié chez Edilivre-Aparis, paru le 29 avril 2026. 136 pages, 14,50 €.

Par la suite, la recherche fondamentale laisse place à l’innovation industrielle. En 2003, il rejoint France Télécom, devenu depuis Orange, où il dépose plusieurs brevets et participe à de nombreux projets internationaux, poursuivant une même ambition : mettre l’intelligence artificielle au service des usages.

Cette même leçon d’humilité irrigue aujourd’hui son regard sur l’intelligence artificielle. Auteur d’un récent essai consacré au sujet, devenu en juin le livre le plus vendu du catalogue d’Edilivre, Salim Mounir Alaoui s’attache moins à nourrir les fantasmes qu’à les déconstruire.

« Face à une rupture technologique, nous imaginons toujours le pire. Les premiers trains n’ont pas décollé les rétines, Internet n’a pas détruit la connaissance, et l’intelligence artificielle ne transformera probablement pas le monde de la manière que nous imaginons aujourd’hui. Elle le transformera, mais autrement. »

Chercheur, entrepreneur, mais aussi élu local en région parisienne, il confie que c’est paradoxalement la politique qui lui a le plus appris — en lui faisant comprendre que sa place était ailleurs. « La politique n’est pas faite pour un scientifique rationnel, mais pour une autre forme d’intelligence que je ne possède pas et que je ne comprends pas. »

A lire aussi : PORTRAIT. Sarah Zitouni, la ténacité comme moteur

Croire aux idées qui semblent impossibles

Lorsqu’il évoque le Maroc, Salim ne doute pas de son potentiel. Le royaume possède déjà, selon lui, les talents nécessaires pour devenir une véritable puissance numérique. « Exactement comme dans le football : il faut se débarrasser des complexes, être convaincu qu’on peut faire aussi bien, voire mieux que les plus grands, avec une volonté nationale portée au plus haut niveau. »

Aux jeunes Marocains qui rêvent de créer une start-up dans l’intelligence artificielle, il n’a qu’un conseil : n’imitez personne. « L’idée la plus ridicule peut s’avérer être la meilleure. Prenez le temps de la faire mûrir. Construisez un prototype et ne vous mettez aucune limite. »

En cette période de trêve estivale, l’idée de se déconnecter le fait sourire. « J’ai la chance d’aimer ce que je fais. Je suis en vacances depuis mon doctorat. » Même lorsqu’il regarde Netflix ou qu’il rentre au Maroc, son esprit ne s’arrête jamais vraiment. Il y a toujours, dit-il, « quelques neurones mobilisés » sur la prochaine idée.

Si, dans cinquante ans, une intelligence artificielle devait écrire son portrait, Salim Mounir Alaoui aimerait simplement y lire ces quelques mots : « Salim était un très bon ami. »

A lire aussi : Portrait. Dora Baghriche, un nez en liberté


Vos questions sur Salim Mounir Alaoui

Qui est Salim Mounir Alaoui ?

C’est un chercheur marocain en intelligence artificielle, passé par la recherche académique et l’innovation industrielle.

Quel est son lien avec le cloud computing ?

Pendant son doctorat, il travaillait sur le calcul distribué et des technologies qui ont contribué aux évolutions vers le Grid Computing puis le Cloud Computing.

A-t-il travaillé pour la NASA ?

Il a participé à des projets de recherche menés pour la NASA et le Département de la Défense américain pendant sa formation aux États-Unis.

Quelle a été son activité chez Orange ?

Il y a participé à des projets internationaux et déposé plusieurs brevets dans le domaine de l’innovation technologique.

Quel conseil donne-t-il aux jeunes entrepreneurs ?

Il les encourage à ne pas imiter les autres, à développer leurs idées et à construire des prototypes.

Avatar photo

Fadwa Miadi