Boualem Sansal : l’outrance et le naufrage

 Boualem Sansal : l’outrance et le naufrage

Boualem Sansal, le 18 septembre 2026, lors de son intervention sur Radio J.

Invité au micro de Radio J vendredi 18 septembre pour faire la promotion de son dernier livre « La légende », Boualem Sansal a une nouvelle fois illustré son penchant pour la provocation outrancière en qualifiant le président algérien Abdelmadjid Tebboune d’« Hitler en pire ». Si l’on intègre à l’équation la colère d’un homme qui sort de 361 jours d’une incarcération en Algérie, la sidération laisse rapidement place au constat d’une immense faillite intellectuelle. En voulant frapper les esprits par un slogan racoleur, l’auteur s’est pris au piège de sa propre indigence rhétorique.

 

En bref

  • Boualem Sansal était invité sur Radio J le 18 septembre 2026.
  • L’écrivain a qualifié Abdelmadjid Tebboune d’« Hitler en pire ».
  • Cette comparaison avec Hitler est au cœur de la critique développée dans cet article.
  • Boualem Sansal était invité pour promouvoir son livre « La Légende ».

 

Hitler comme argument : l’outrance jusqu’à l’absurde

Comparer un dirigeant contemporain au maître d’œuvre de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale est une absurdité politique et historique absolue. En affirmant que Tebboune est « pire » qu’Adolf Hitler, Sansal dissout instantanément la gravité et la légitimité de sa propre critique.

Loin des nuances ou de la rigueur factuelle, l’auteur démontre ici une incapacité flagrante à calibrer ses concepts. Hitler reste le synonyme de l’industrialisation de la mort, de l’extermination de six millions de Juifs et d’un conflit mondial ayant causé des dizaines de millions de victimes.

Mettre sur le même plan le pouvoir algérien avec l’apocalypse nazie relève d’un aveuglement grossier que le ressentiment personnel ne suffit plus à excuser.

Ceux qui suivent le parcours du polémiste ne seront qu’à moitié surpris. Ce dérapage s’inscrit dans une longue lignée de prises de position guidées par le goût du raccourci et de la surenchère.

Avant son arrestation à l’aéroport d’Alger en novembre 2024, Sansal s’était déjà fait remarquer en s’affichant comme une figure de proue et contributeur du média d’extrême droite Frontières (ex-Livre Noir), multipliant les théories complotistes sur l’islamisation de la France ou contestant les frontières historiques de l’Algérie.

Du dissident au polémiste : le naufrage de la pensée

Son recours systématique au « point Godwin », qui consiste à brandir le nazisme dès qu’un conflit s’envenime, est la marque de cette pensée paresseuse.

En tombant dans cette caricature sur Radio J, il commet une double faute : il instrumentalise et banalise l’horreur absolue du IIIe Reich, insultant involontairement la mémoire des victimes de la Shoah par une comparaison hors-sol.

Il rend un fier service au régime algérien, qui n’aura aucun mal à balayer l’ensemble de ses accusations en les faisant passer pour les élucubrations irrationnelles d’un polémiste en roue libre.

Au lieu de documenter rigoureusement les abus commis ou les failles du système judiciaire dont il dit avoir été victime, Sansal a choisi la voie de l’insulte hyperbolique. Il abandonne l’exigence de la réflexion pour la violence stérile du slogan de comptoir.

Pour un auteur venu faire la promotion de son dernier livre, l’exercice a tourné au fiasco. En cherchant le buzz radiophonique par un excès de langage grotesque, il a définitivement sabordé sa propre voix, confirmant à ses détracteurs qu’il a troqué depuis longtemps le costume de l’intellectuel contre celui du provocateur médiatique.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.