Tunisie. Les coupures d’électricité ont coûté au moins 1,27 milliard de dinars aux entreprises

Selon une enquête de l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE), les interruptions électriques de l’été 2026 ont provoqué une perte directe de valeur ajoutée estimée à 1 269,6 millions de dinars. Un bilan déjà lourd, qui ne couvre ni les équipements endommagés, ni les clients perdus, ni les éventuelles pénalités contractuelles.
Nous étions restés sans véritable visibilité chiffrée, mais l’ampleur du choc se précise. Publiés le 27 octobre par l’IACE, les résultats de l’enquête menée auprès d’entreprises industrielles, commerciales et de services marchands dressent le tableau d’une activité fortement désorganisée durant l’été. Au total, 96 % des répondants déclarent avoir subi des coupures d’électricité ; 58,3 % disent y avoir été confrontés plusieurs fois par jour. Sur les deux mois de juillet août étudiés, les entreprises estiment ainsi avoir perdu en moyenne treize jours d’activité. Près de trois sur dix, 29 %, évoquent même au moins vingt jours perdus, soit l’équivalent d’un mois ouvré complet. Enfin, 91 % de ces pertes ne sont pas couvertes par les assurances.
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La facture chiffrée par l’institut atteint 1 269,6 millions de dinars de valeur ajoutée non générée. Il s’agit toutefois du coût direct des arrêts d’activité, et non d’une évaluation exhaustive du préjudice subi. L’industrie manufacturière concentre 671,5 millions de dinars de cette perte, devant les services marchands, à 316,1 millions, et le commerce, à 282,1 millions. La prédominance de l’industrie dans l’échantillon — 55 %, contre 39 % pour les services marchands et 6 % pour le commerce — éclaire en partie ce poids. Elle souligne surtout la vulnérabilité des activités dont la production dépend d’un approvisionnement continu.
Production, ventes et exportations sous tension
Derrière le manque à gagner agrégé, l’enquête met en évidence une chaîne de perturbations. Près des deux tiers des entreprises interrogées signalent des dommages matériels. Moteurs, compresseurs et machines de production arrivent en tête des équipements concernés, avant les matériels informatiques et les serveurs. Ces dégradations peuvent prolonger les conséquences d’une coupure bien au-delà de sa durée, en imposant réparations, remplacements ou retards supplémentaires.
Sur le front commercial, 63,5 %des entreprises déclarent une baisse de leur chiffre d’affaires. La proportion atteint 83 % dans l’industrie. Pour les exportateurs, l’enjeu est aussi celui de la fiabilité vis-à-vis des commandes : 29,4 % indiquent avoir manqué des délais, avec à la clé des pénalités ou des pertes de clients. Une part plus réduite, 8,3 %, a dû recourir à la sous-traitance ou à l’importation pour maintenir ses engagements. Parallèlement, 30,5 % des répondants font état d’une hausse du coût de leurs intrants, alors que les relèvements de prix de vente pour répercuter cela restent peu fréquents. Les entreprises absorbent donc une part importante du choc dans leurs marges.
La sécurité énergétique nouvel enjeu d’investissement en l’absence d’indemnisations
Les conséquences pourraient également reconfigurer les choix d’investissement. Avant l’été, 56 % des entreprises interrogées ne disposaient d’aucun équipement de secours. Désormais, 74 % envisagent de sécuriser leur alimentation électrique dans les douze prochains mois : 18 % ont déjà arrêté leur décision et 56 % examinent encore leur projet. Onduleurs, groupes électrogènes nécessitant une autorisation, installations photovoltaïques et batteries apparaissent comme des réponses possibles. Mais leur coût dépend des besoins, des contraintes techniques et des capacités de financement de chaque entreprise.
Cet effort défensif risque cependant de se faire au détriment d’investissements destinés à moderniser les outils de production, développer les capacités ou gagner des marchés. L’IACE relève d’ailleurs que 51,9 % des entreprises déclarent reporter un projet d’investissement. Aucune des sociétés interrogées n’a, par ailleurs, confirmé avoir obtenu une indemnisation. 1 % seulement mentionne des demandes en cours ou refusées.
Toutes les entreprises ayant répondu à cette question anticipent enfin de nouvelles tensions sur le réseau en 2027. Au-delà du coût immédiat, l’enquête pose ainsi la question de la continuité électrique comme condition de compétitivité, d’exportation et d’investissement. Selon les experts, le pays ne parviendra vraisemblablement pas à combler les 2000 mégawatts de son déficit actuel d’ici l’été 2027.
