Coup de cœur. Au Large, la possibilité d’une mémoire

 Coup de cœur. Au Large, la possibilité d’une mémoire

Le centre d’art contemporain Le Large, installé sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt, accueille l’exposition « Moteur imaginaire », consacrée à une collection d’œuvres liées au constructeur automobile Renault. Photo prise le 12 octobre 2026. Mehdi Fedouach / AFP

Ils ont travaillé à la chaîne dans les usines Renault de l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt. La main-d’œuvre issue de l’immigration a contribué à produire des millions de véhicules, dont la célèbre 4L, jusqu’à la fermeture du site en 1992. Lorsqu’elle a été tuée dans l’attentat de Ouagadougou, en janvier 2016, Leïla Alaoui travaillait sur L’Île du Diable, un film consacré à ces hommes, à leurs parcours d’exilé et à leur mémoire ouvrière.

 

Resté inachevé, ce court-métrage en noir et blanc de six minutes donne la parole à d’anciens travailleurs et militants syndicaux à travers des portraits filmés et des visites de l’ancien site industriel. Leurs récits évoquent le travail à la chaîne et les postes à haute pénibilité mais aussi leurs combats pour leurs droits et leur dignité. Cette mémoire sociale a survécu aux bâtiments démolis, car des usines de Billancourt il ne reste plus grand-chose.

Large, un nouveau centre d’art a ouvert ses portes sur l’île Seguin. Installé dans un édifice moderne en acier cuivré, ce lieu dédié à la scène française présente, sous le commissariat de Cecilia Alemani, 55 artistes, dont certaines œuvres issues de la collection du Fonds Renault pour l’Art et la Culture.

Des œuvres de Robert Doisneau et Jean Dubuffet côtoient celles d’artistes contemporains qui interrogent, chacun à leur manière, les traces laissées par l’histoire industrielle de l’île. Parmi la centaine d’installations, sculptures, photos et vidéos réunies dans Moteur imaginaire, l’exposition inaugurale, figure L’Île du Diable de Leïla Alaoui.

Portrait de la photographe franco-marocaine Leila Alaoui prise à Marrakech en 2011. Elle pose face à l’objectif lors d’une photo d’archive diffusée en 2016.
La photographe franco-marocaine Leïla Alaoui à Marrakech, sur une photo d’archive prise fin 2011 et diffusée en 2016. Elle est décédée après avoir été blessée lors de l’attaque jihadiste de Ouagadougou, au Burkina Faso. STRINGER / HANDOUT / AFP

Autre œuvre émouvante, la fameuse R12 Cathédrale de Mohamed El Khatib incarne le « retour au bled ». Véritable « micro-foyer ambulant », avec son thermos et ses cassettes, cette Renault 12 croule sous un amoncellement de valises, d’une cuisinière et de cadeaux rapportés au pays.

La sculpture (sans titre, 2018) de Mohamed Bourouissa et les photographies de Randa Maroufi font elles aussi des « corps sociaux », l’un des cinq chapitres de l’exposition, la matière de leur travail.

Autant d’œuvres qui font résonner des voix, des gestes et des trajectoires humaines pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli.

L’œuvre R12 Cathédrale de Mohamed El Khatib exposée au centre d’art contemporain Le Large, à Boulogne-Billancourt.
R12 Cathédrale (2026), œuvre de Mohamed El Khatib – Photo prise le 12 octobre 2026. Mehdi Fedouach / AFP

 

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Vos questions sur l’exposition Moteur imaginaire au Large

Où se trouve le centre d’art Large ?

Il est situé sur l’île Seguin, au 3 parvis Amont, à Boulogne-Billancourt.

Quel est le thème de l’exposition Moteur imaginaire ?

Elle interroge les traces de l’histoire industrielle de l’île Seguin et les relations entre l’humain, l’usine et la machine.

Qui est la commissaire de l’exposition ?

L’exposition est placée sous le commissariat de Cecilia Alemani.

Quelle œuvre de Leïla Alaoui est présentée ?

Il s’agit de L’Île du Diable, un court-métrage inachevé en noir et blanc consacré aux anciens travailleurs des usines Renault de l’île Seguin.

Jusqu’à quand peut-on visiter l’exposition ?

Moteur imaginaire est présentée jusqu’au 7 mars 2027.

 

 

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Fadwa Miadi