Tunisie. Football : Chaâbani face au premier test, entre reconstruction et retour aux anciens

Deux mois après le traumatisme du Mondial 2026, la Tunisie s’apprête à tourner la page avec Mouïne Chaâbani, suite à son brillant parcours à la tête du club marocain RS Berkane.
Le nouveau sélectionneur a dévoilé sa première liste, à l’occasion des deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027, avec l’Ouganda jeudi 20h00 à Radès puis le Botswana quatre jours plus tard. Une liste très attendue, forcément scrutée à la lumière du fiasco américain et de ses trois défaites en Coupe du monde. Elle révèle surtout une reconstruction à petits pas, davantage fondée sur la réconciliation que sur la rupture.
Les anciens reviennent, la révolution attendra
Il était difficile d’imaginer première liste plus chargée en connotations que celle de Mouïne Chaâbani. Ferjani Sassi, Ali Maâloul, Aïssa Laïdouni, Mohamed Ali Ben Romdhane ou encore Hamza Rafia, tous absents du Mondial, retrouvent ainsi les Aigles de Carthage. Amine Cherni et Seifallah Ltaief effectuent également leur retour, tandis que trois nouveaux visages apparaissent : Sami Chouchane, Sadok Kadida et Mohamed Nasraoui.
Le message semble donc clair : si le coach Chaâbani s’inscrit en faux par rapport aux choix de son prédécesseur Sabri Lamouchi, il ne souhaite pas pour autant faire table rase. Après une Coupe du monde achevée par douze buts encaissés et seulement deux marqués, le technicien a choisi de rétablir certains équilibres plutôt que de bouleverser immédiatement la hiérarchie. Une logique compréhensible pour un entraîneur qui doit, avant même de construire, remettre de la confiance dans un groupe profondément fragilisé.
Mais cette stratégie pose une première question : peut-on véritablement parler de reconstruction lorsque l’essentiel de l’ossature demeure inchangé ? La presse nationale spécialisée relève d’ailleurs une liste plutôt « consensuelle », dans laquelle l’expérience conserve un poids important.
Le retour de Sassi ou de Maâloul peut apporter expérience et connaissance du haut niveau, tandis que celui du charismatique Laïdouni répond aussi à une absence qui avait suscité bien des interrogations avant le Mondial. Néanmoins le risque est désormais inverse : celui de confondre restauration de la confiance et retour en arrière. Car certains de ces joueurs ont déjà connu plusieurs cycles avec la sélection. Leur retour ne garantit donc pas, à lui seul, que les dysfonctionnements révélés au Mondial seront corrigés.
Abdi absent, le premier choix fort de Chaâbani
L’autre enseignement majeur de cette liste tient paradoxalement à un nom qui n’y figure pas : Ali Abdi. Le latéral de l’OGC Nice avait provoqué une polémique en expliquant vouloir, avant de rejoindre la sélection du Mondial, disputer avec son club les barrages auxquels celui-ci était engagé. Mais voici que quelques jours avant l’annonce de la liste, il avait présenté ses excuses et assuré n’avoir jamais voulu remettre en cause son attachement aux Aigles de Carthage.
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Insuffisant pour Chaâbani qui a décidé de ne pas le convoquer. Sans explication publique du sélectionneur établissant un lien entre les deux événements, il serait prématuré de présenter cette absence comme une sanction disciplinaire. Elle constitue cependant le signal le plus fort de cette première liste : les excuses du joueur n’ont pas suffi à lui ouvrir immédiatement les portes de la sélection.
Le contraste est d’autant plus frappant que plusieurs joueurs écartés par les précédents sélectionneurs sont, eux, rappelés. Cette différence de traitement nourrit naturellement les interrogations sur les critères qui guideront désormais la sélection. La réponse devra venir du terrain et, surtout, des explications de Chaâbani en conférence de presse face aux critiques qui avancent qu’il « ne se mouille pas » en homme du sérail qui opte pour l’orthodoxie de la nostalgie, en faisant du neuf avec du vieux.
Chaâbani dispose d’un mandat de quatre ans et a officiellement pour mission de restaurer la confiance et de reconstruire la sélection. Cette première liste dessine donc une méthode prudente : conserver une partie de l’ancien groupe, rappeler certains bannis et introduire progressivement de nouveaux éléments, à l’image du jeune Khalil Ayari, prêté par le PSG à Dunkerque et qui s’est illustré cette semaine face à Saint- Étienne :
Reste à savoir si cette prudence permettra de reconstruire une équipe compétitive ou si elle ne fera que prolonger les équilibres d’une sélection qui vient pourtant de montrer leurs limites. Contre l’Ouganda, le premier enjeu sera moins le résultat que la capacité des Aigles à montrer notamment à travers ses intentions qu’un autre cycle a réellement commencé.
