Vu sur les réseaux. Ali Abdi au cœur d’une vive polémique en Tunisie : « Je ne voulais pas aller à la Coupe du monde »

 Vu sur les réseaux. Ali Abdi au cœur d’une vive polémique en Tunisie : « Je ne voulais pas aller à la Coupe du monde »

« Extrêmement controversées », voire « déplacées » et qualifiées de « provocation », les déclarations d’Ali Abdi ce week-end sur les coulisses de son départ de Nice pour rejoindre la sélection tunisienne ont relancé une polémique qui semblait pourtant éteinte.

Le défenseur international, l’un des cadres des Aigles de Carthage ayant porté le brassard du capitanat, affirme qu’il aurait préféré rester avec son club au moment où celui-ci jouait son maintien en Ligue 1 lors de la saison écoulée. Des propos qui, en Tunisie, passent d’autant plus mal qu’ils concernent la Coupe du monde, rendez-vous auquel tout international rêve de prendre part, qui fut précisément marqué par une contre-performance historique.

 

« Moi, je reste » : Abdi privilégiait Nice

Dans un entretien au format intimiste d’une demi-heure accordé à l’OGC Nice et publié le 11 septembre, Ali Abdi est revenu sur l’épisode qui avait agité la fin de saison dernière. Alors que Nice devait disputer son barrage de maintien contre Saint-Étienne et que la Tunisie préparait parallèlement le Mondial 2026, le joueur avait quitté la France pour rejoindre les Aigles de Carthage en passe de disputer ses deux matchs de préparation contre l’Autriche et la Belgique.

Quelques mois plus tard, le latéral gauche assure que ce départ ne correspondait pas à son choix initial. « Je ne voulais pas aller à la Coupe du monde », affirme-t-il, expliquant avoir dit au directeur sportif niçois Florian Maurice : « Moi, je reste ! », conformément à une demande qui lui est faite au moment où il était déjà dans l’avion.

Abdi justifie cette position par son attachement à son actuel club : « Je ne peux pas dire au club qui me paye : “Je veux aller avec la Tunisie et je laisse le groupe jouer le maintien”. »

C’est surtout une autre formule zélée qui risque de laisser des traces en Tunisie : « Est-ce qu’un homme peut laisser sa famille à la dernière minute ? Moi, je ne fais pas ça. » Par cette comparaison, le joueur présente clairement le vestiaire niçois comme une « famille » qu’il ne voulait pas abandonner dans une période jugée décisive, mais au détriment de sa filiation natale tunisienne.

En France, ces propos apportent un nouvel éclairage sur un épisode qui avait suscité l’incompréhension en mai dernier. À l’époque, l’OGC Nice avait expliqué que des discussions avaient eu lieu avec la Fédération tunisienne pour permettre à Abdi de disputer les deux barrages. Le club avait finalement évoqué un calendrier rendu particulièrement complexe par les dates FIFA et les obligations liées à la sélection. Le sélectionneur Sabri Lamouchi avait lui-même reconnu la difficulté de la situation, tout en estimant que les règlements FIFA plaçaient la sélection dans son bon droit.

 

Un choix qui choque après un Mondial très décevant

Si les déclarations font aujourd’hui autant réagir, c’est aussi parce qu’elles interviennent après une Coupe du monde 2026 particulièrement douloureuse pour la Tunisie. Abdi, qui faisait partie des cadres de la sélection, a finalement participé au tournoi nord-américain, achevé prématurément après les lourdes défaites contre la Suède et le Japon.

« Il parle de la Tunisie, mais ce n’est qu’en parlant de Nice qu’il utilise le pronom « nous ». Au-delà de ton français approximatif, tu nous fais honte ! », a réagi en des termes durs Amine Bouneoues :

 

La polémique actuelle tient moins en somme à la légitimité d’un joueur à privilégier son employeur qu’au symbole envoyé par un international présenté comme l’un des leaders des Aigles. Pour une partie du public tunisien, affirmer qu’on ne voulait pas participer au Mondial et qualifier son club de « famille » peut difficilement être dissocié du maillot national et de la responsabilité particulière d’un joueur régulièrement présenté comme un pilier de la sélection.

Les médias tunisiens ont rapidement relayé les propos. Sur le plateau de Data Foot de la Radio Diwan FM notamment, où l’on déplore que « Ali Abdi a prouvé à plusieurs reprises ses carences en matière de communication. Impulsif, émotif, maladroit… » les qualificatifs fusent :

« Abdi a 32 ans. Sa carrière à l’étranger a commencé tardivement. Or, il doit renouveler son contrat à Nice en 2027. Il a clairement choisi ses priorités », commente en outre Anis Boujelben.

Sur les réseaux sociaux, les réactions se sont également multipliées, entre ceux qui reprochent à Abdi son manque supposé d’attachement à la sélection et ceux qui rappellent qu’il était effectivement pris entre deux obligations professionnelles contradictoires.

« Tout le monde savait que l’ambiance était détestable », résume Sami Akremi :

 

Le paradoxe est d’autant plus saisissant que l’OGC Nice avait, au moment de la crise, publiquement défendu son joueur et dénoncé le « déferlement de menaces » dont il faisait l’objet. Le club estimait alors qu’Abdi était lui-même victime d’un imbroglio opposant deux impératifs : défendre les couleurs niçoises dans une échéance capitale et honorer une convocation pour une Coupe du monde.

La question qui demeure désormais est celle de la perception de ces déclarations. Abdi voulait manifestement expliquer son choix et tourner la page d’un épisode compliqué. Mais en affirmant spontanément qu’il ne voulait pas aller au Mondial, tout en présentant Nice comme sa « famille », il risque surtout de rouvrir une blessure encore fraîche chez une partie du public tunisien. Une majorité d’internautes tunisiens réclament aujourd’hui son départ, arguant qu’il ne saurait porter le maillot national après de tels propos.

 

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Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie