Israël menace de déchoir de leur nationalité les réalisateurs de « Naza »

Les journalistes et réalisateurs Rachel Szor et Yuval Abraham lors du photocall de « NAZA », présenté en compétition à la 83e Mostra internationale du film de Venise, au Lido de Venise, le 10 septembre 2026. © Stefano Rellandini / AFP
Deux journalistes montrent comment on tue des civils à Gaza. La réponse du gouvernement israélien ? Pas une enquête. Pas un mot sur le fond. La menace de leur retirer leur passeport. C’est tout dire.
En bref
- Le documentaire NAZA a reçu le prix spécial du jury à la Mostra de Venise.
- Ses réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor sont menacés de déchéance de leur nationalité israélienne.
- Le film repose sur les témoignages anonymes de 24 militaires et membres du renseignement israéliens.
- Ils y décrivent des systèmes de ciblage et de surveillance utilisés à Gaza.
- Le gouvernement israélien et l’armée contestent les accusations portées par le documentaire.
Samedi, à la Mostra de Venise, le documentaire NAZA recevait le prix spécial du jury.
Dimanche (13 septembre), le ministre israélien de la Culture Miki Zohar annonçait vouloir déchoir de leur nationalité ses deux réalisateurs, Yuval Abraham et Rachel Szor. Motif invoqué : une « trahison envers l’État », commise selon lui pour « recevoir les applaudissements des antisémites du monde entier ».
Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a enchaîné sur X, les traitant de « honte » pour « tout le peuple d’Israël » et leur souhaitant, sarcastique, un bon accueil chez « nos ennemis le Hamas ».
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Une déchéance prévue par la loi
Ce n’est pas une menace en l’air. En Israël, la déchéance de nationalité existe dans la loi. La Cour suprême en a entériné le principe en 2022, pour les cas de manquement à la loyauté envers l’État, espionnage ou trahison. Le texte a été élargi en 2023 aux personnes condamnées pour terrorisme.
La procédure suppose une demande du ministre de l’Intérieur, l’aval du ministre de la Justice, puis la validation de juges. Rien n’indique, à ce stade, que cette machine judiciaire a été enclenchée contre Abraham et Szor. Mais que des ministres l’évoquent publiquement, dès la sortie d’un film, en dit long sur l’usage qu’ils comptent en faire : dissuader, intimider, faire taire.
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Ce que documente « NAZA » à Gaza
Et que documente au juste ce film pour mériter un tel déchaînement ? NAZA repose sur les témoignages anonymes de 24 militaires et membres du renseignement israéliens. Pendant 80 minutes, ils décrivent de l’intérieur comment l’armée frappe des civils à Gaza dans sa guerre contre le Hamas.
Ils détaillent des systèmes technologiques, appuyés sur l’intelligence artificielle, capables de localiser via leur téléphone des membres présumés du mouvement islamiste et leurs familles, avant de frapper leur domicile sans distinction. Le titre du film vient d’un acronyme employé au sein même de l’armée israélienne pour désigner le nombre estimé de civils tués lors d’une frappe.
Un outil, selon le documentaire, permet même aux militaires de savoir combien de personnes se trouvent dans chaque logement de Gaza avant de décider de le bombarder. Ce n’est donc pas une accusation extérieure : ce sont des soldats et des officiers du renseignement qui parlent, de l’intérieur du système.
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Après « No Other Land », un scénario déjà joué
Ce scénario, la classe politique israélienne l’a déjà rejoué. Abraham et Szor avaient coréalisé en 2024 No Other Land, documentaire oscarisé sur la violence de l’armée et des colons en Cisjordanie occupée. À l’époque déjà, des menaces avaient visé le cinéaste israélien.
La France elle-même avait dû qualifier d’« insupportables et inhumains » certains propos de Ben Gvir sur Gaza. Le procédé est donc rodé : un documentaire dérange, des soldats témoignent, la classe dirigeante répond non pas sur les faits mais sur la loyauté supposée de ceux qui les révèlent.
Qu’un État qui se présente en démocratie envisage sérieusement de priver de nationalité des journalistes pour le crime d’avoir fait parler des militaires devrait alerter bien au-delà de Tel-Aviv. Ce n’est pas NAZA qui met en danger l’image d’Israël. C’est ce que NAZA raconte.
La vérité qui dérange ne disparaît pas parce qu’on menace ceux qui la disent. Elle change simplement de camp : celui de la honte.
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Vos questions sur « NAZA » et les menaces d’Israël
Pourquoi les réalisateurs de « NAZA » sont-ils menacés de déchéance de nationalité ?
Le ministre israélien de la Culture Miki Zohar les accuse de « trahison envers l’Etat » après la présentation et la récompense du documentaire à Venise. Il a annoncé vouloir agir pour leur retirer leur nationalité.
Que montre le documentaire « NAZA » ?
Le film s’appuie sur les témoignages anonymes de 24 militaires et agents du renseignement israéliens qui décrivent les systèmes utilisés pour identifier et frapper des cibles à Gaza, notamment avec des outils faisant appel à l’intelligence artificielle.
« NAZA » a-t-il été récompensé à Venise ?
Oui. Le documentaire a reçu le prix spécial du jury de la Mostra de Venise le 12 septembre 2026. Sa première projection avait également été suivie d’une ovation de 25 minutes, record du festival selon les sources citées.
Qui sont Yuval Abraham et Rachel Szor ?
Les deux réalisateurs israéliens avaient déjà coréalisé No Other Land, documentaire consacré aux violences et déplacements de Palestiniens en Cisjordanie occupée, récompensé par l’Oscar du meilleur documentaire en 2025.
La déchéance de nationalité est-elle possible en Israël ?
Oui. La Cour suprême israélienne a confirmé en 2022 la possibilité de retirer la nationalité dans certains cas liés notamment au manquement à la loyauté, à l’espionnage ou à la trahison. Le dispositif a été élargi en 2023 aux personnes condamnées pour terrorisme. La procédure passe par le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice et une validation judiciaire.
