Cinéma. « Once Upon a Time in Gaza » : Gaza, façon Tarantino

 Cinéma. « Once Upon a Time in Gaza » : Gaza, façon Tarantino

Il y a des films qu’on regarde. Et d’autres qu’on encaisse. « Once Upon a Time in Gaza », qui vient de sortir au cinéma, c’est un peu les deux. D’abord, on rit. Parce que c’est drôle. Mais un drôle pas tranquille, un drôle nerveux, un drôle palestinien. Celui d’un peuple qui survit à la tragédie en la tournant en dérision, entre deux missiles et trois coupures d’électricité.

On pourrait croire à un énième film sur Gaza, ce rectangle de béton et de sable qu’on pense tous connaître à force d’images de ruines. Et pourtant, les réalisateurs, les frères Arab et Tarzan Nasser, réussissent une chose rare : raconter Gaza sans s’y enfermer. Sans violons, sans pathos, sans tutoyer le misérabilisme. Juste avec des mecs, des armes, des falafels et une caméra.

Tarzan et Arab Nasser nous avaient déjà épatés en 2021 avec leur comédie romantique en territoire palestinien, « Gaza mon amour », portrait tendre et audacieux d’un vieux pêcheur amoureux — déjà, une manière unique de raconter la vie à Gaza loin des clichés.

Leur nouveau film, « Once Upon a Time in Gaza », a glané le Prix de la mise en scène dans la section Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes, preuve que même dans le chaos, le cinéma peut trouver des formes d’excellence inattendues.

Gaza, version Gazawood

Au début, on pense avoir atterri dans une comédie noire tarantinesque. Osama, petit dealer de tramadol qui cache sa came dans les sandwichs, balance des vannes plus vite que les keufs ne le rackettent. Yahya, lui, c’est l’étudiant paumé, le rêveur qui croit encore qu’un autre futur est possible — le genre de gars qu’on croise souvent là-bas, à Gaza, et qu’on retrouve plus tard avec le regard en fuite. Le duo fonctionne à merveille.

Mais la tragédie, elle, rôde. Elle s’appelle Abou Sami, flic véreux en mal de virilité, un genre de brute bas de gamme avec un uniforme froissé. Il veut sa part du trafic, Osama refuse. Et Gaza étant ce qu’elle est, le refus se paie cash. Yahya se retrouve seul, avec un deuil sur les bras et un destin qu’il n’a jamais demandé.

Quand le cinéma entre en scène

Et là, le film bascule. Littéralement. Yahya devient acteur malgré lui, héros d’un pseudo-blockbuster de propagande, tourné à Gaza avec de vraies armes et des figurants qui ne savent pas qu’ils jouent la comédie. C’est à la fois absurde et d’une justesse désarmante.

À Gaza, les rôles ne sont jamais très clairs : bourreaux d’un jour, victimes le lendemain. Le film dans le film devient le miroir d’un territoire sans scénario. Là-bas, même la fiction doit composer avec le réel.

Pas de budget pour des fausses balles ? Qu’à cela ne tienne, on tourne avec des vraies. Pas de liberté de circulation ? Alors on ruse, on déplace les scènes, on invente des décors ailleurs.
Gaza, c’est l’envers du décor. Et les frères Nasser en font un décor de cinéma.

Du western à la tragédie

Western, polar, drame social, satire politique : « Once Upon a Time in Gaza » ne choisit pas. Et c’est tant mieux. Parce que Gaza non plus n’a pas choisi d’être enfermée dans un genre. C’est un territoire à la fois minuscule et immense, où les enfants grandissent trop vite, où les adultes enterrent plus qu’ils ne vivent.

Alors oui, le film fait rire. Vraiment. Et c’est un exploit, quand on sait d’où il parle. Mais il finit par faire mal. Parce que derrière l’humour, il y a l’ombre d’Osama, les yeux tristes de Yahya, la danse interrompue par des balles réelles, la rue pleine de cortèges funèbres. Et ce dernier carton, qui claque comme un constat : « Il faudra bien que ça s’arrête un jour. »

Pas sûr. Mais on veut y croire.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.