À Marrakech, Banksy s’installe dans la médina

 À Marrakech, Banksy s’installe dans la médina

Le Lanceur de fleurs (Love Is in the Air), 2003. Cette œuvre au pochoir est apparue sur un mur près de Bethléem, en Cisjordanie. Elle est devenue l’une des images les plus célèbres de l’artiste britannique

Depuis février, le Riad Dar El Bacha plonge les visiteurs dans l’univers de Banksy. Reproductions, installations et œuvres issues de collections privées composent cette exposition immersive, présentée comme « non autorisée ». L’artiste britannique n’y participe pas. Son univers n’en trouve pas moins sa place dans la médina, reflet d’une Marrakech devenue une scène importante de l’art contemporain.

En bref

  • Banksy ne participe pas à l’exposition.
  • Près de 300 m² du Riad Dar El Bacha plongent dans l’univers de l’artiste.
  • Reproductions, installations et œuvres privées composent le parcours.
  • L’exposition est présentée comme « non autorisée ».
  • Elle est annoncée jusqu’au 27 juillet 2027.
Girl with Balloon (« La fille au ballon »), 2002. Cette œuvre est apparue pour la première fois sur un mur de Londres. Elle est depuis devenue l’un des motifs les plus reconnaissables de l’artiste britannique.

Une exposition immersive

Le nom de Banksy s’affiche dans le Riad Dar El Bacha. NoBorder, galerie d’art contemporain installée à Marrakech, y présente Banksy Universe Marrakech, une exposition immersive consacrée à l’univers du célèbre artiste britannique.

Sur près de 300 m², le parcours reprend certaines de ses images les plus connues. Girl with Balloon, Love Is in the Air, les rats ou encore ses figures d’enfants et de migrants apparaissent sur les murs et dans les installations. Le parcours se poursuit sur une terrasse aménagée sur le toit, inspirée du Walled Off Hotel, l’hôtel ouvert par Banksy à Bethléem, en Cisjordanie, en 2017.

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Un Banksy sans Banksy

L’exposition est présentée comme « Unauthorized », « non autorisée ».

Banksy n’a pas participé au projet. Pest Control Office, l’entité chargée notamment de l’authentification des œuvres de Banksy, rappelle que les expositions organisées par des tiers ne constituent pas des expositions officielles de l’artiste.

À Marrakech, il s’agit donc d’une plongée dans son univers plutôt que d’une exposition montée par lui.

Cette nuance n’empêche pas le nom d’attirer. Depuis les années 1990, Banksy a transformé le pochoir, une technique qui consiste à appliquer de la peinture à travers une forme découpée, en un langage artistique immédiatement reconnaissable. Ses images associent humour, provocation et critique sociale. Guerre, frontières, surveillance, pauvreté ou société de consommation traversent son travail.

Une enquête publiée par Reuters en mars 2026 a identifié l’artiste comme Robin Gunningham, originaire de Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Banksy n’a toutefois pas confirmé publiquement cette identité.

Son anonymat a aussi contribué à construire le mythe. L’artiste, mondialement connu mais toujours absent de la scène publique, a longtemps refusé de montrer son visage ou de se mettre en avant. Cette absence est devenue une partie de son personnage : son nom est partout, mais son visage reste associé au mystère qui l’entoure.

 

Devolved Parliament, 2009. Cette immense peinture représente les députés britanniques sous les traits de chimpanzés dans la Chambre des communes, à Londres. Présentée au Bristol Museum & Art Gallery, dans le sud-ouest de l’Angleterre, elle détourne avec dérision le siège du pouvoir et ceux qui l’exercent.

Marrakech, ville d’art

Quant à Marrakech, depuis plusieurs années, la cité ocre renforce sa place sur la scène internationale de l’art contemporain.

Galeries, foires et institutions consacrées à la création contemporaine ont multiplié les rendez-vous. La 1-54 Contemporary African Art Fair, foire internationale consacrée à l’art contemporain africain, a notamment installé Marrakech dans le calendrier des grands rendez-vous artistiques. Le Musée d’art contemporain africain Al Maaden (MACAAL) participe lui aussi à cette dynamique.

NoBorder s’inscrit dans ce mouvement. Avant Banksy, la galerie avait déjà consacré une exposition au street art marocain et international.

L’exposition de l’artiste britannique ne crée donc pas cette scène. Elle lui apporte une visibilité supplémentaire. Elle montre surtout que l’offre culturelle de Marrakech ne se limite plus au patrimoine, à la célèbre place Jemaa El Fna ou aux jardins. La ville cherche aussi à devenir un lieu où se rencontrent création contemporaine, tourisme culturel et scène artistique internationale.

Un impact encore difficile à mesurer

Il est encore trop tôt pour mesurer les retombées économiques de l’exposition. Mais sa présence à Marrakech dit déjà quelque chose de la place prise par l’art contemporain dans la ville.

Un art né dans l’espace public se retrouve ici au cœur de la médina, dans un Riad transformé en lieu d’exposition. Touristes, artistes, galeries et institutions s’y croisent autour d’un même imaginaire.

Banksy est ici sans avoir choisi Marrakech, sans avoir participé à l’exposition et sans même avoir besoin d’y être physiquement. Ses images voyagent à sa place. Elles passent de la rue aux murs d’un Riad, puis du Riad aux regards de visiteurs venus de tous horizons.

C’est peut-être là que se trouve l’intérêt de cette exposition : à Marrakech, Banksy ne change pas seulement de décor. Il change de public, et son art continue de circuler.

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Dream Boat, 2015. Cette installation sculpturale représente une embarcation surchargée de migrants, poursuivie par des bateaux de police. Créée pour Dismaland, le parc d’attractions satirique imaginé par Banksy à Weston-super-Mare, en Angleterre, elle évoque les dangers de l’exil.

 

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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.