Tribune. Sauvegarder la Liberté, l’Égalité et la Fraternité

 Tribune. Sauvegarder la Liberté, l’Égalité et la Fraternité

Logo de la République française avec Marianne et la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». © DENIS CHARLET / AFP

Face à la montée des discriminations, des discours de haine et des inégalités, des élus, des responsables associatifs et des personnalités appellent à défendre les valeurs républicaines. Dans une tribune collective, ils interpellent le gouvernement et réclament des mesures concrètes pour faire vivre la Liberté, l’Égalité et la Fraternité.

 

À chaque époque, les peuples sont confrontés à un choix décisif : céder à la peur et au repli, ou défendre les principes qui fondent leur avenir commun. Aujourd’hui, en France comme ailleurs, ce choix se présente à nouveau à nous.

Notre devise républicaine n’est pas une formule gravée dans la pierre pour les seuls jours de célébration. La Liberté, l’Égalité et la Fraternité sont des combats quotidiens. Elles vivent à travers nos institutions, nos services publics, notre école, nos associations, nos mobilisations citoyennes et nos solidarités de proximité. Elles constituent le socle de notre vivre-ensemble et de notre avenir commun.

Pourtant, ces valeurs sont aujourd’hui fragilisées.

La liberté est menacée lorsque la peur de l’autre est utilisée pour justifier les discriminations, restreindre les droits ou désigner des boucs émissaires. L’égalité recule lorsque les inégalités sociales et territoriales se creusent, lorsque l’accès au logement, à l’emploi, à la santé ou à l’éducation devient plus difficile pour des millions de personnes. Quant à la fraternité, elle est attaquée chaque fois que l’on cherche à opposer les citoyens en fonction de leur origine, de leur religion, de leur couleur de peau, de leur genre ou de leur condition sociale.

Face à ces dangers, nous refusons la résignation.

Nous refusons que le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, l’homophobie et toutes les formes de discrimination deviennent des opinions comme les autres. Nous refusons que la précarité et l’exclusion soient considérées comme des fatalités. Nous refusons que les discours de haine, la stigmatisation et les divisions prennent le pas sur les principes de justice, d’égalité et de solidarité qui fondent la République.

Au contraire, nous affirmons que la France est plus forte lorsqu’elle rassemble plutôt que lorsqu’elle oppose. Plus forte lorsqu’elle protège plutôt que lorsqu’elle stigmatise. Plus forte lorsqu’elle investit dans l’éducation, la culture, les services publics et la justice sociale plutôt que dans le repli et la défiance.

Dans un contexte marqué par les tensions sociales, les crises internationales et la progression des forces d’extrême droite à travers le monde, notre responsabilité collective est immense. Nous devons porter un projet de société fondé sur l’émancipation, la solidarité et l’égalité réelle. Un projet qui s’attaque aux causes profondes des fractures sociales au lieu de désigner des responsables imaginaires.

La France a toujours avancé lorsqu’elle a choisi l’universalisme plutôt que l’exclusion, la fraternité plutôt que la haine, la démocratie plutôt que l’autoritarisme. C’est cet héritage que nous avons le devoir de préserver et de transmettre.

Face à la gravité de la situation, les déclarations de principe ne suffisent plus. Nous exigeons que les ministres concernés prennent de toute urgence les mesures nécessaires pour lutter contre le racisme et les discriminations, protéger les libertés publiques, renforcer l’égalité des droits et répondre à l’urgence sociale.

Nous demandons notamment :

  • Le renforcement immédiat des moyens humains et financiers consacrés à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination.
  • Le renforcement des moyens de la justice afin de garantir un traitement rapide et exemplaire des actes racistes, antisémites, islamophobes, homophobes et discriminatoires.
  • La création d’un réseau national de référents « Égalité et lutte contre les discriminations » dans l’ensemble des commissariats et brigades de gendarmerie, chargés d’accompagner les victimes et de faciliter le dépôt de plainte.
  • La généralisation de formations obligatoires à la lutte contre les discriminations pour les agents publics, notamment dans la police, la justice, l’éducation, la santé et les administrations.
  • L’application systématique des sanctions prévues par la loi contre les auteurs d’actes racistes et les diffuseurs de discours de haine.
  • Un encadrement renforcé de la lutte contre les discours haineux sur les réseaux sociaux, les plateformes numériques, les chaînes de télévision et les radios.
  • La mise en œuvre d’actions d’éducation à l’égalité, à la citoyenneté et à la lutte contre les discriminations dans tous les établissements scolaires.
  • L’intégration renforcée de l’histoire de l’esclavage, de la colonisation, des migrations et des luttes pour l’égalité dans les programmes scolaires.
  • La création d’un grand musée national du colonialisme et des décolonisations, dédié à la recherche, à la transmission des connaissances et au dialogue entre les mémoires.
  • Le soutien renforcé aux associations qui accompagnent les victimes et agissent quotidiennement contre le racisme et pour l’égalité des droits.
  • Un plan national ambitieux contre la précarité garantissant l’accès au logement, aux soins, à l’emploi et à l’accompagnement social pour les plus vulnérables.
  • Le renforcement des services publics de proximité, garants de l’égalité réelle entre les citoyennes et les citoyens.
  • Le soutien accru aux projets culturels, sportifs et éducatifs favorisant la rencontre, la mixité et le vivre-ensemble.
  • La garantie effective de l’égalité d’accès aux droits pour toutes les personnes vivant sur notre territoire.
  • La création d’un pacte national d’urgence pour l’égalité réelle, doté de moyens exceptionnels pour en finir avec les inégalités sociales et territoriales qui alimentent les discriminations et les fractures de la République.

Chaque jour d’inaction nourrit les injustices, les fractures et les discours de haine. L’État ne peut demeurer spectateur lorsque les discriminations progressent, lorsque des citoyens sont stigmatisés en raison de leur identité ou la religion supposée ou lorsque des territoires entiers se sentent abandonnés.

La République ne se défend pas seulement par des mots. Elle se défend par des actes, des moyens et une volonté politique claire. L’urgence commande des décisions à la hauteur des défis auxquels notre société est confrontée.

Nous appelons les citoyennes et les citoyens, les associations, les syndicats, les élus et toutes les forces démocratiques à se mobiliser pour faire vivre la promesse républicaine. Face à ceux qui divisent, rassemblons. Face à ceux qui stigmatisent, défendons l’égalité. Face à ceux qui propagent la haine, faisons grandir la fraternité.

Plus que jamais, faisons vivre la République. Défendons la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Non pas demain, mais aujourd’hui. Non pas séparément, mais ensemble.

Les premiers signataires :

Halima KHIAR MENHOUDJ, Adjointe au maire Ville de Montreuil

Muriel CASALASPRO, Conseillère régionale d’Ile-de-France

Benjamin STORA, Historien et Professeur des universités

Ahmed LAOUEDJ, Sénateur de Seine-Saint-Denis

Alexis CORBIÈRE, Député de Seine-Saint-Denis

Fathia KELOUA HACHI, Députée de Seine-Saint-Denis

Azzedine TAÏBI, Maire de Stains

Luc CARNOUVAS, Maire d’Alfortville

Oriane FILHOL, Vice-présidente du Département de Seine-Saint-Denis

Assia BENZIANE, Adjointe au maire Ville de Fontenay-sous-Bois

Sofiane OURABAH, Adjoint au maire Ville d’Aubervilliers

Luc DI GALLO, Conseiller départemental de Seine-Saint-Denis

Sokona NIAKHATE, Conseillère départementale de Seine-Saint-Denis et Adjointe au maire Ville de Fontenay-sous-Bois

Sorayah MECHTOUH, Conseillère régionale d’Ile-de-France

Annie LAHMER, Conseillère régionale d’Ile-de-France

Nuno MARTINS, Conseiller municipal Ville de Noisy-le-Grand

Yvon LEJEUNE, Conseiller municipal Ville de Romainville

Henri LELORRAIN, Conseiller municipal Ville de Saint-Ouen

Benoît LEMAIRE, Conseiller municipal Ville de Rosny-sous-Bois

Coralie LEFEBVRE, Conseillère municipale Ville de Romainville

Mohamed CHICOUCHE, Conseiller départemental du Val-de-Marne

Kaltoum GACHI, Co-présidente du MRAP et Conseillère municipale Ville de Rouen

Nacer KETTANE, Fondateur et Président de BeurFM

Aline ARCHIMBAUD, Ex-Sénatrice de Seine-Saint-Denis

Mehdy BELABBAS, Co-président de l’association Pour la Mémoire, Contre l’Oubli

Valérie MERY FRITZ, Militante Génération.s

M’bama IBRAHIM, Militant Génération.s

La rédaction