Tunisie. La journaliste Chadha Hadj Mbarek libre après 30 mois d’incarcération

 Tunisie. La journaliste Chadha Hadj Mbarek libre après 30 mois d’incarcération

Tunis – Après près de deux ans et demi de détention dans le cadre de l’affaire dite Instalingo, la journaliste tunisienne Chadha Hadj Mbarek (27 ans) a été libérée en ce mercredi 14 janvier 2026. La cour d’appel a réduit sa peine et prononcé un non-lieu sur plusieurs chefs d’accusation qui pesaient contre elle.

C’est un revirement judiciaire qui intervient suite à une longue bataille. Assignée à la détention depuis le 20 juillet 2023 dans cette affaire, Chadha Hadj Mbarek avait vu sa peine de cinq ans de prison réduite à deux ans, ce qui a permis sa libération immédiate, a indiqué une source judiciaire. La chambre criminelle près la cour d’appel de Tunis a prononcé un non-lieu sur les accusations les plus graves : tentative de changement de la forme du gouvernement, incitation à la violence ou encore provocation du désordre et du pillage, des infractions prévues par l’article 72 du Code pénal.

Sur d’autres poursuites, notamment l’accusation relative à l’atteinte à la sûreté extérieure de l’État, la cour a maintenu une condamnation mais ramené la peine à deux ans, rendant ainsi possible sa libération. La détenue qui a un handicap auditif, souffrait de surcroit depuis peu d’une maladie qui l’a considérablement affaiblie d’après sa famille.

 

Une affaire emblématique et médiatique

L’affaire Instalingo avait éclaté en 2021 autour d’une vaste enquête visant des responsables politiques, des hommes d’affaires, des blogueurs et des journalistes soupçonnés de proximité avec le parti islamiste Ennahdha. Les prévenus étaient accusés d’une série de faits graves via cette agence de com’ digitale et ses liens présumés avec des pays étrangers : complot contre la sûreté de l’État, incitation à l’armement des citoyens, atteinte à l’ordre public ou encore offense au chef de l’État.

Plusieurs audiences ont été reportées au fil des mois — notamment en décembre 2025 et début janvier 2026 — avant que la cour d’appel n’ait à nouveau statué sur le sort de la journaliste.

Durant sa détention, la santé de Chadha Hadj Mbarek s’était fortement détériorée, suscitant l’inquiétude de ses proches et de collectifs de la société civile. Un collectif avait souligné l’urgence de lui fournir des soins médicaux appropriés, rappelant que le droit à la santé est un droit fondamental garanti par les législations nationales et les pactes internationaux. Des mobilisations de soutien s’étaient également tenues devant le tribunal, avec des appels pressants de sa famille pour sa libération immédiate et l’accès à des soins hors du milieu carcéral.

 

Un symbole du débat sur la liberté de la presse

L’arrestation et la longue détention de Chadha Hadj Mbarek avaient fait de son cas un symbole des tensions entre autorités et médias en Tunisie, où plusieurs organisations nationales et internationales de défense de la liberté d’expression avaient alerté sur ce dossier.

Sa libération intervient dans un contexte où la société civile et les défenseurs des droits réclamaient depuis longtemps l’allègement des charges retenues contre elle, considérées comme excessives et infondées par ses avocats et ses soutiens.

« Chadha Hadj Mbarek, figure martyr malgré elle du journalisme tunisien, retrouve désormais la liberté après des mois de lutte judiciaire et de préoccupations sur sa santé », se félicite l’un de ses avocats aux abords du tribunal. Alors que son cas a alimenté le débat sur la liberté d’expression dans le pays, sa libération, réclamée y compris par les cercles pro pouvoir, est perçue par certains comme un signal, même timide, sur l’évolution de la justice et des droits fondamentaux en Tunisie.