Logement : une agence immobilière sur deux accepte de discriminer

Illustration – Photo : Lionel BONAVENTURE / AFP
Selon la dernière campagne de testing de SOS Racisme, près d’une agence immobilière sur deux accepte ou facilite la discrimination. Une tendance stable sur les six dernières années.
Les populations d’origine africaine restent parmi les plus exposées à la discrimination sur le marché immobilier. La toute dernière campagne de testing de SOS Racisme, réalisée en 2025 auprès des agences immobilières, n’a révélé aucune évolution avec les précédentes.
Selon les résultats dévoilés hier (25 janvier), sur 198 agences testées, 69 ont accepté ou facilité une discrimination raciale. En 2019 et 2022, les derniers testings avaient révélé des chiffres similaires.
Le taux de discrimination sur des critères raciaux n’ayant pas reculé en six ans, l’association maintient qu’une « réaction ferme des pouvoirs publics et des professionnels de l’immobilier s’impose face aux manquements persistants des agences ».
Pas « les mêmes façons de faire »
Pour les besoins du testing, des membres de SOS Racisme se sont fait passer pour des propriétaires souhaitant mettre leur bien en location. Ils précisaient vouloir exclusivement des profils « européens » pour éviter des « problèmes de voisinage ».
Dans un extrait enregistré par l’association, un employé d’une agence immobilière de Hyères disait « comprendre » cette demande : « les locataires étaient d’origine sud-méditerranéenne ? (…) Je comprends… On sait très bien que nous n’avons pas non plus les mêmes façons de faire ».
Cependant, conscients que la discrimination sur des critères raciaux est illégale, 48 agences sur 198 ont refusé de discriminer elles-mêmes mais ont permis, ou encouragé, le propriétaire à réaliser cette sélection.
Dominique Sopo, président de SOS Racisme, confirmait l’existence de nombreuses « solutions » : « En général, vous n’avez pas vraiment d’arguments à avancer (…) on peut dire « c’est déjà loué » ou « vous n’avez pas les revenus suffisants » (…) les parades peuvent être très diverses ».
Sanctions pénales
« Le rapport de SOS Racisme montre que le chemin est encore long », admettait Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, interrogée hier par Le Parisien.
Depuis 2020, un décret impose une formation obligatoire à la non-discrimination pour les professionnels de l’immobilier titulaires d’une carte professionnelle. La ministre a annoncé la signature d’un nouveau décret, dans les semaines à venir, avec le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun.
Suite aux résultats de ce nouveau testing, SOS Racisme a réitéré ses dix propositions en matière de prévention et de sanction.
L’association demande « la mise en place obligatoire du dossier anonyme pour les professionnels de l’immobilier », mais également le renforcement des « sanctions pénales en cas de discriminations sur le modèle des sanctions pour le logement insalubre ».
