« Porter un maillot national apprend qu’on joue pour plus grand que soi »

 « Porter un maillot national apprend qu’on joue pour plus grand que soi »

L’Association Sans Frontières Daoudi Nisrine organise un gala caritatif réunissant des personnalités du sport, de la culture, de l’entrepreneuriat et des médias. Photo : DR

Ancienne internationale marocaine, Nisrine Daoudi a troqué les terrains de football pour ceux de l’engagement humanitaire. À travers son association Sans Frontières Daoudi Nisrine, elle soutient des missions éducatives, médicales et sociales en Afrique. Le 31 janvier, elle organise à Paris un gala caritatif pour mobiliser dons et consciences.

 

La CAN vient de s’achever. Comment avez-vous vécu cette compétition et que dit-elle du football africain aujourd’hui ?

J’ai vécu la CAN 2025 avec beaucoup d’émotion et de fierté. En tant qu’ancienne internationale marocaine, chaque grande compétition africaine me touche profondément, parce que je connais les sacrifices, le travail et la passion qu’il y a derrière chaque sélection.

Cette CAN raconte un football africain en pleine maturité : plus structuré, plus ambitieux, avec un niveau technique et tactique qui ne cesse de progresser.

On voit aussi des nations qui investissent sérieusement dans le sport, dans la formation, dans l’encadrement.

L’Afrique n’est plus seulement un vivier de talents, elle devient un continent de projets, de vision et de résultats.

À vos débuts, quelle place occupaient les femmes dans le monde du football, et comment regardez-vous l’évolution de leur visibilité et de leur reconnaissance aujourd’hui ?

À mes débuts, la place des femmes dans le football était très limitée. Il fallait constamment prouver qu’on avait le droit d’être là, qu’on méritait de jouer, de s’entraîner, de rêver. Les moyens étaient faibles, la reconnaissance quasi inexistante, et le regard social souvent dur.

Aujourd’hui, les choses évoluent, et c’est une vraie fierté. La visibilité du football féminin progresse, notamment en Afrique et au Maroc, où l’on voit des équipes soutenues, des stades remplis, des jeunes filles qui osent se projeter.

Il reste encore beaucoup à faire, mais le changement est réel et irréversible. Les femmes ont gagné leur place, et surtout leur légitimité, dans le monde du football.

Votre engagement humanitaire est un volet important de votre parcours. Quel a été le déclic pour créer l’association Sans Frontières Daoudi Nisrine ?

Lors d’un déplacement avec la sélection marocaine à Dakar, en 2012, un enfant m’a demandé une bouteille d’eau. J’ai alors réalisé que ce qui était banal pour moi — boire de l’eau — ne l’était pas pour tout le monde. Il m’a ensuite demandé une deuxième bouteille pour sa maman.

À l’issue de mon entraînement, il m’a offert une trottinette qu’il avait fabriquée lui-même à partir de bouchons de bouteilles. Plus qu’un cadeau, c’était une leçon d’humanité, de dignité et de reconnaissance.

À mon retour en France, un journaliste sénégalais, Salif Ndiaye, m’a annoncé la création à Dakar d’une école de football portant mon nom. Je venais de perdre mon père, un homme qui aidait énormément les autres. J’y ai vu un message : il fallait continuer ce qu’il avait toujours incarné — l’aide, le don de soi et la solidarité.

C’est ainsi qu’est née l’association Sans Frontières Daoudi Nisrine. Progressivement, nous avons structuré notre engagement autour de plusieurs pôles : sportif, médical, éducatif, accès à l’eau et aide alimentaire.

Aujourd’hui, cette structure est le prolongement naturel de mon parcours, de mes valeurs et de celles transmises par mon père.

En quoi le football a-t-il façonné votre engagement et comment peut-il devenir un véritable levier de solidarité et de transformation sociale, notamment en Afrique ?

Le football m’a appris la discipline, la solidarité, le sens du collectif et le dépassement de soi. Quand on porte un maillot national, on apprend très tôt qu’on joue pour plus grand que soi.

C’est exactement cette philosophie que j’applique aujourd’hui dans l’humanitaire.

Le football est un langage universel, surtout en Afrique. Il rassemble, il inspire, il mobilise. Utilisé intelligemment, il peut devenir un formidable outil d’éducation, de prévention, de cohésion sociale et de mobilisation solidaire. Il peut ouvrir des portes là où les discours échouent.

Vous organisez le 31 janvier un gala caritatif pour lever des fonds. Dans quels objectifs ?

Ce gala a pour but principal de financer nos prochaines missions humanitaires, notamment les caravanes médicales au Maroc, afin d’apporter des soins gratuitement aux populations excentrées des grandes villes.

Mais au-delà de la collecte de fonds, c’est aussi un moment de sensibilisation et de rassemblement. Nous voulons créer un pont entre le monde du sport, de la culture, de l’entrepreneuriat et de la solidarité. Montrer que chacun, à son niveau, peut contribuer à un impact réel et concret sur le terrain.

Ce gala est un message : ensemble, on peut transformer l’engagement en action.