Trump dépêche Massad Boulos à Tunis : Quels enjeux stratégiques ?

Le conseiller spécial du président américain Donald Trump, Massad Boulos, effectue depuis le 26 janvier 2026 une visite officielle en Tunisie, considérée par certains observateurs comme une nouvelle étape dans les relations entre Washington et Tunis autour de questions économiques, politiques et régionales.
L’agenda de Mohamed Ali Nafti, ministre tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger, était décidément chargé lundi : quelques heures seulement après avoir supervisé la réunion tripartite consacrée à la situation en Libye, il enchaînait directement avec Boulos avec lequel il a tenu dans la soirée une série de entretiens institutionnels, officiellement « visant à renforcer la coopération bilatérale entre la Tunisie et les Etats-Unis ». Faut-il voir une corrélation en termes de timing avec le sommet sur la Libye ? Il y a lieu de le penser, puisque le haut conseiller de Trump a exprimé dès son arrivée « son appui » au mécanisme de consultations tripartite sur la Libye, réunissant la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte, et ce malgré les réserves côté Tripoli, grand absent.
A l’ordre du jour également, le renforcement les relations économiques et commerciales, notamment en discutant d’un accord bilatéral pouvant réviser les droits de douane pour faciliter les exportations tunisiennes vers les États-Unis — en particulier l’huile d’olive, un des principaux produits d’exportation tunisien. Traduction de ce jargon diplomatique conciliant : en clair, la renégociation toujours en cours des droits de douane exorbitants de 28% en l’occurrence, ces tarifs étant le principal outil de coercition de l’administration trumpiste pour rééquilibrer les balances commerciales au cas par cas en fonction des pays.
Il s’agissait par ailleurs de « favoriser l’investissement américain en Tunisie, sur des secteurs clés comme la sécurité, la technologie, le tourisme, les transports et l’agriculture ».
Un contexte régional plus large
Cette visite s’inscrit plus généralement dans la continuité d’une tournée que Boulos, gendre beau-père par alliance de Donald Trump, mène en Afrique du Nord. Bien que l’agenda officiel se focalise sur le renforcement des relations bilatérales tuniso-américaines, la visite intervient dans un contexte géopolitique plus vaste. Car la Tunisie reste un acteur stratégique majeur en Méditerranée et au Maghreb, au centre de plusieurs dossiers sensibles dont la question palestinienne au cœur de la dernière visite en date de Boulos en juillet dernier, lorsque le président Saïed l’avait vivement interpelé sur la question humanitaire à Gaza.
Les États-Unis veulent également réaffirmer leur présence diplomatique dans la région à une époque où plusieurs puissances régionales (Chine et Russie) intensifient leur engagement et leur influence. Un aspect mentionné clairement dans la déclaration d’intention du nouvel ambassadeur américain fraîchement nommé à Tunis, Bill Bazi.
Or, Massad Boulos n’est pas un diplomate traditionnel. Sa nomination comme conseiller principal pour les affaires arabes, du Moyen-Orient et de l’Afrique auprès de Donald Trump avait pour rappel suscité un nombre de questionnements, notamment du fait de ses liens familiaux personnels avec la famille Trump. Cela alimente certaines spéculations selon lesquelles ses missions pourraient non seulement être motivées par des intérêts stratégiques classiques, mais aussi par des enjeux politiques internes à l’administration américaine.
A cet égard, cette deuxième tournée africaine de Boulos en moins d’un an, dont cette étape en Tunisie, est inextricable de la nouvelle doctrine de Washington visant à favoriser les échanges économiques et les investissements plutôt que l’aide traditionnelle.
Mi-janvier, les Etats-Unis livraient un avion militaire C-130 d’une valeur de 62 millions de dollars à l’armée de l’air tunisienne, quelques jours seulement après avoir fait figurer la Tunisie dans la récente liste US des pays concernés par la suspension des visas résidentiels.
