Pluies mal réparties, barrages sous pression : les limites du modèle hydraulique tunisien

 Pluies mal réparties, barrages sous pression : les limites du modèle hydraulique tunisien

Alors que les dernières précipitations ont nourri en Tunisie un certain espoir de remplissage des barrages, les chiffres réels révèlent une situation toujours préoccupante pour les ressources hydriques et les villes tunisiennes.

« Si nos barrages ne se remplissent pas suite à ces pluies torrentielles de 250 millimètres en 24 heures dans certaines régions, alors quelque chose ne tourne pas rond ! », ironise un internaute commentant les précipitations saisonnières exceptionnelles qui se sont poursuivies jusqu’à la fin janvier. Il ne croyait pas si bien dire.

En cause selon l’expert en développement Hussein Rahili : une répartition inadaptée des eaux pluviales, des infrastructures fragilisées et une planification urbaine devenue défaillante au fil des ans.

 

Des pluies abondantes… là où il n’y a pas de barrages

D’après la même source, les quantités de pluie récemment enregistrées en Tunisie se sont concentrées principalement en dehors des zones de barrages. Résultat : le taux de remplissage des retenues d’eau ne dépassait toujours pas les 30 à 32 % au lendemain des pluies, actuellement passé à 42 % et 43 %, soit un volume estimé à près de 930 millions de mètres cubes. Un niveau encourageant mais insuffisant pour inverser durablement la tendance du stress hydrique. Les précipitations observées dans le Nord-Ouest, région pourtant stratégique pour l’alimentation des barrages, sont restées faibles et peu efficaces en termes d’apports hydrauliques.

À l’inverse, les pluies les plus importantes ont touché l’est de Bizerte, le Grand Tunis, le Cap Bon, Sfax et le Sahel. Des zones où, en l’absence d’ouvrages de stockage, les eaux de ruissellement finissent le plus souvent dans les sebkhas ou directement en mer. Pour Hussein Rahili, cette situation de gâchis met en évidence l’urgence d’adopter des solutions alternatives à la politique exclusive des barrages, telles que la création de bassins de rétention de taille moyenne dans les zones basses, combinés à des dispositifs limitant l’évaporation.

 

Inondations urbaines : quand l’infrastructure ne suit plus

Sur le volet des inondations, l’expert nuance cependant le débat : le problème ne résiderait pas en effet dans le volume total des pluies tombées sur 72 heures, qu’il estime relativement ordinaire, mais dans l’intensité des précipitations sur de courtes périodes, que les réseaux actuels ne sont pas capables d’absorber. Les dernières pluies, bien que discontinues, ont surtout révélé la fragilité des infrastructures et leur incapacité à s’adapter aux nouveaux régimes climatiques.

À cela s’ajoute une urbanisation anarchique qui domine désormais le paysage de nombreuses grandes villes, avec les déchets de construction qui en résultent. Routes dépourvues de systèmes de drainage adéquats, canalisations mal entretenues ou non curées à temps, et chevauchement des compétences entre municipalités, Office national de l’assainissement et ministère de l’Équipement : le dossier de l’évacuation des eaux pluviales est ainsi devenu un terrain de flou institutionnel et de responsabilités diluées.

Hussein Rahili appelle de cefait à une refonte profonde de la politique urbaine et territoriale, citant des zones comme le Centre urbain nord ou les Berges du Lac dans la capitale, relativement épargnées par les inondations, comme exemples d’aménagement maîtrisé. Plus que les pluies, c’est l’absence de planification cohérente et de lois claires qui pose problème, conclut-il, en posant une question centrale : à l’aune du système actuel, qui doit réellement rendre des comptes ?