Tunisie. Interdiction du prélèvement automatique : l’UGTT défend le maintien des cotisations syndicales

Réunie mardi, la commission administrative nationale de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a réaffirmé son attachement au système des cotisations syndicales, considéré comme un pilier du fonctionnement et de l’indépendance financière de la centrale. Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par la suspension par le pouvoir exécutif du mécanisme de prélèvement automatique sur les salaires dans plusieurs établissements publics.
Le secrétaire général adjoint et porte-parole de l’UGTT, Sami Tahri, a insisté sur le fait que les cotisations constituent un levier essentiel pour garantir l’adhésion des travailleurs à l’organisation et leur contribution à la défense du secteur public et de la fonction publique. Il a par ailleurs démenti toute intention de geler le mécanisme d’adhésion au sein de la centrale syndicale.
Depuis quelques mois, l’application de la suspension du prélèvement automatique sur les salaires des cotisants, jugé illégal, pose une menace existentielle pour l’UGTT privée de sa principale source de revenus. Parmi les détracteurs dudit mécanisme, certains pointent le « train de vie ostentatoire » du syndicat historique du pays qui a dans un passé proche renouvelé ses voitures de fonction et plus récemment entièrement rénové son siège et sa façade Place Mohamed Ali à Tunis.
Des alternatives numériques en attendant le rétablissement du système
Au cours de la réunion, les membres de la commission administrative ont notamment débattu de solutions alternatives pour assurer la continuité du financement syndical. Parmi les pistes évoquées figure le recours à des applications bancaires intelligentes et à des solutions numériques permettant aux adhérents de verser directement leurs cotisations.
Cette réflexion intervient au lendemain de la décision de plusieurs établissements publics de suspendre le prélèvement direct des cotisations sur les salaires et leur transfert vers les comptes de l’UGTT. Sami Tahri a qualifié cette suspension de « régression » par rapport à un acquis social historique, rappelant que les conventions n°87 et n°151 de l’Organisation internationale du travail (OIT) prévoient des facilités pour les organisations syndicales afin qu’elles puissent exercer pleinement leur mission de défense des travailleurs.
Selon lui, la commission administrative a examiné une série de mécanismes alternatifs et a adopté le principe de l’adhésion syndicale volontaire. L’UGTT pourrait ainsi recourir à des cartes d’adhésion et à des solutions de paiement « smart » pour garantir la continuité des contributions.
Toutefois, le responsable syndical a souligné que ces dispositifs numériques ne constituent qu’une mesure transitoire. L’objectif, a-t-il affirmé, demeure le rétablissement du prélèvement direct des cotisations sur les salaires des fonctionnaires et agents des entreprises publiques. Pour la centrale syndicale, il s’agit non seulement d’un enjeu financier, mais aussi d’une question de respect des droits syndicaux consacrés par les textes internationaux. Le clash avec l’actuel pouvoir est par conséquent loin d’être terminé.
