PORTRAIT. Combo, du street art au musée participatif

Longtemps figure solitaire du street art, Combo s’est fait connaître par ses interventions coup de poing, de Tchernobyl à Hong Kong, en passant par les rues de Paris. Aujourd’hui, l’artiste engagé change d’échelle. Il veut inscrire l’art urbain dans la durée avec un musée participatif dont tout un chacun peut devenir membre fondateur.
Longtemps, Combo a travaillé seul, au petit matin, dans le silence des rues encore vides. Aujourd’hui, il pense autrement. S’il croit toujours au pouvoir du street art, ce n’est plus seulement dans l’urgence du collage clandestin mais dans la construction d’espaces durables. Son nouveau projet ? Un musée permanent dédié à l’art urbain à Paris. Financée par une campagne participative qui s’achève dans une dizaine de jours, l’initiative a déjà réuni près de 80 % des fonds nécessaires. Un lieu vivant, évolutif, où le public prendrait part aux décisions et où les artistes émergents, notamment issus du monde arabe, trouveraient une visibilité pérenne. « Ce crowdfunding n’est pas un simple appel à financement. C’est une invitation à faire partie de l’équipe », annonce-t-il.
Pour comprendre comment Combo en est arrivé là, il faut revenir sur son parcours. Dans une autre vie, Combo était directeur artistique dans une agence de publicité le jour, street-artist à l’aube. Ses journées étaient interminables. « Je bossais de 10h à 20h ou 22h. Le soir, je rentrais, je mangeais, je me couchais. Puis je me levais à 5h du matin pour aller coller mes affiches dans la rue. Je revenais à 8h, je me douchais et je repartais au travail. » Un rythme effréné, entre les briefs des clients, les bombes et le bitume.
En 2012, un an après la catastrophe de Fukushima, il s’introduit dans la zone interdite de Tchernobyl, théâtre en 1986 d’un accident nucléaire majeur, pour y coller des affiches promouvant la puissance atomique. Dans ce décor fantôme, il met en scène les Simpson en plein pique-nique, sur fond de centrale. Le geste frappe et marque le début de sa notoriété internationale. Il quitte alors la publicité pour se consacrer entièrement au street art, en conservant les codes appris en agence. A savoir efficacité visuelle et sens du slogan mais détournés au service de la réflexion. En janvier 2013, à Hong Kong, il colle des pages Google censurées par le Parti communiste chinois où il est question des manifestations de la place Tian’anmen, l’arrestation de l’artiste Ai Weiwei et le Tibet.
Son travail puise aussi dans son histoire personnelle. Né il y a 39 ans à Amiens d’un père libanais chrétien et d’une mère marocaine musulmane, ayant grandi entre la Centrafrique, le Maroc et le Liban, il préfère taire son patronyme. Il raconte s’être longtemps cru simplement français avant de découvrir qu’aux yeux des autres, il était « arabe », « beur », puis « musulman ». Ces assignations deviennent sa matière première. Plutôt que de les subir, il les détourne. A ceux qui s’inquiètent de le voir partir dans le pays de son père , le trentenaire répond qu’au « djihad », il préfère le « dji-art » .
Au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo, il pousse la logique plus loin. Barbe fournie, djellaba sur le dos, silhouette d’imam, il investit l’espace public avec un mot devenu signature « CoeXisT ». Un logo composé d’un croissant musulman, d’une croix chrétienne et d’une étoile de David entremêlés qu’il emprunte à l’artiste polonais Piotr Mlodozeniec. Paris, Tunis, Tel-Aviv : le message circule.
Ce plaidoyer visuel pour la coexistence lui vaut une agression physique en 2015 mais aussi une exposition à l’Institut du Monde Arabe l’année suivante.


Pendant un temps, il ne peint plus qu’entouré d’une escorte policière. Le contexte s’est durci. Désormais, il évite de s’aventurer sur le terrain miné des religions. Et, depuis le 7 octobre, impossible de brandir un slogan comme « Moins de Hamas, plus de houmous ». Combo s’est assagi mais continue de pratiquer l’art du détournement. Marianne devient asiatique et proclame « Liberté, Égalité, Humanité ». Sa Joconde porte un caftan et la Jeune Fille à la perle est une Amazighe au visage tatoué. Toutes deux ont pris place sur les cimaises d’une galerie casablancaise en 2022 le temps d’une exposition collective.

Fini le temps des interventions furtives et des intrusions dans les zones interdites. À travers des festivals indépendants et itinérants comme Colors et son musée participatif, Combo construit une institution tout en restant fidèle à sa liberté. « D’avoir cette indépendance, de ne pas être financé par la ville ni la mairie qui vient se mêler de nos affaires, c’est ça ma dose de résistance ».
Plus d’informations sur le projet et la campagne participative ici : https://fr.ulule.com/creation-musee-paris/
