Le Gnaoua 2026 change d’échelle et s’impose en force

 Le Gnaoua 2026 change d’échelle et s’impose en force

Le concert d’ouverture donne le ton avec le collectif de Mehdi Nassouli

Du 25 au 27 juin 2026, le Festival Gnaoua d’Essaouira franchit un cap. Derrière son image populaire et gratuite, il s’affirme comme un acteur central des circulations culturelles internationales.

Trois jours, mais une mécanique désormais massive dans la ville Essaouira, au sud-ouest du Maroc sur la côte atlantique. L’édition 2026 aligne plus de 400 artistes, dont 42 maâlems gnaoua, pour plus de 50 concerts répartis sur 7 à 8 scènes. L’affluence dépasse les 400 000 festivaliers, avec des pics pouvant atteindre un demi-million. À cette densité s’ajoutent 70 sponsors et 75 médias partenaires, ainsi qu’un forum des droits humains organisé sur deux jours et six jours de formation musicale en partenariat en partenariat avec Berklee College of Music, prestigieuse école américaine de musique contemporaine. Le modèle reste officiellement inchangé ; accès largement gratuit, ville ouverte, mais l’échelle, elle, a profondément muté.

Des artistes du monde entier donnent le cap

La programmation 2026 confirme une ligne désormais installée : faire de la musique gnaoua un point de départ pour des croisements multiples. Les maâlems — Hamid El Kasri, Abdelkader Amlil, Abdelkbir Merchane, Hassan El Gadiri, Fatima Zohra Jebli — en constituent le socle. Face à eux, une scène internationale élargie, réunissant des artistes venus de Palestine, du Brésil, d’Inde, des États-Unis, d’Éthiopie, du Liban, de Tunisie. Parmi eux, 47SOUL, Carlinhos Brown, Cheikh N’Doye, Ganavya ou encore le Harlem Spirit of Gospel. La scène marocaine reste pleinement présente avec Hoba Hoba Spirit, Oudaden, Mehdi Nassouli et Sara Moullablad.

Dans ce dispositif, la fusion n’est plus un principe expérimental mais une mécanique rodée. Le concert d’ouverture donne le ton avec le collectif de Mehdi Nassouli, un ensemble de musiciens réunis autour de lui, mêlant maâlems gnaoua, artistes marocains et invités internationaux. Certaines rencontres en constituent les temps forts et structurent l’équilibre général de la programmation, comme celles avec Hamid El Kasri et Carlinhos Brown, ou encore le dialogue entre le Tunisien Mehdi Qamoum et le gospel de Harlem (États-Unis). La parade des maâlems, en traversant la ville, maintient un lien direct avec l’ancrage populaire et rituel, évitant une rupture trop nette avec l’origine spirituelle de cette musique.

Hamid El Kasri, l’une des figures les plus emblématiques et les plus reconnues du gnaoua marocain

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Des villes en dialogue à travers le festival

Le Festival Gnaoua ne se limite plus à une succession de performances. Il s’organise désormais comme un écosystème. À la musique s’ajoutent des espaces de réflexion, avec un forum des droits humains sur deux jours et un arbre à palabres ouvert au public, prolongeant les concerts par des débats. À cela s’inscrit une logique de transmission, portée par le partenariat avec Berklee, qui propose six jours de formation intensive à destination des musiciens.

« La cité des vents » devient elle-même partie prenante de cette expérience. La place Moulay Hassan accueille les grandes scènes, la plage prolonge les concerts en plein air, tandis que Dar Souiri, Bayt Dakira, Borj Bab Marrakech et les zaouïas structurent une circulation entre musique, rencontres et moments plus intimistes. Essaouira fonctionne ainsi comme une scène continue.

L’édition 2026 introduit en outre un fil conducteur explicite, celui des « villes ». Derrière ce choix, une volonté de penser les circulations culturelles, les héritages portuaires et les diasporas. Essaouira, ancienne interface entre Afrique, Europe et Amériques, devient ici un symbole plus qu’un décor, un point de convergence où se rejoue la logique même du festival.

Créé en 1998 et adossé à la reconnaissance du patrimoine gnaoua dans les dynamiques de l’UNESCO, le festival confirme ainsi une évolution plus large. Il n’est plus seulement un rendez-vous musical, mais un outil de projection culturelle marocaine. À mesure qu’il grandit, une question s’impose : jusqu’où le festival peut-il s’étendre sans perdre ce qui a fait sa singularité, cette tension entre rituel, création et ouverture au monde.

 

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