A 15 ans, elle publie un roman, qui est Ilyana Benrhanem ?

« En vérité, Carmen n’est autre que “moi”. Ou du moins, la “moi” de huit ans. »
En pleine adolescence, Ilyana Benrhanem publie un premier livre ambitieux, Nightmare – Tome 1 : Aux Portes de l’Esprit. Originaire de Montpellier, cette jeune plume fait son entrée dans l’univers de la fantasy. Pour Le Courrier de l’Atlas, elle revient sur son parcours et son rapport à l’écriture.
Car tout commence par un refus. Celui de lire. « Si j’étais bien convaincue d’une chose, c’est que la lecture, “c’est naze”. »
À huit ans, poussée par sa mère à ouvrir des livres, Ilyana prend un chemin inattendu : écrire au lieu de lire. Et très vite, l’imaginaire prend le relais. Elle plonge alors dans les vidéos et contenus en ligne en anglais sans maîtriser la langue. « Ne comprenant rien à l’histoire, j’ai cherché à combler les trous, quitte à inventer de toutes pièces. »
C’est là, dans ces espaces laissés vacants, que naît Nightmare. Une histoire d’abord fragmentaire, nourrie de rêves et de récits inachevés. « Le cerveau humain déteste le blanc narratif. Le mien l’aime encore moins. »
« En vérité, Carmen n’est autre que “moi” »
Aujourd’hui en classe de seconde, Ilyana jongle entre les exigences scolaires et l’écriture. Un équilibre fragile, construit au fil du temps.
« L’école, c’est huit heures par jour… Il ne me reste que six heures pour tout le reste. »
Écrire devient alors une question de discipline, mais aussi de choix, presque de renoncements.
« Il n’y a pas de routine parfaite. Il n’y a qu’une jeune fille qui se débrouille comme elle peut. »
La lycéenne écrit quand elle le peut : le mercredi, le week-end, jamais quand elle est fatiguée pour éviter de trahir son propre univers.
Au cœur de son roman, il y a Carmen, l’héroïne. Mais aussi, d’une certaine manière, un reflet.
« En vérité, Carmen n’est autre que “moi”. Ou du moins, la “moi” de huit ans. »
Née dans son imaginaire, Carmen évolue peu à peu, jusqu’à s’émanciper. « Elle s’est peu à peu séparée de moi, jusqu’à devenir un personnage à part entière. »
Ce glissement donne au récit sa densité : une exploration intérieure où fiction et identité se frôlent, parfois se confondent.

« Je rêve d’une trilogie »
Si Nightmare est un premier tome, il s’inscrit dans une ambition plus vaste. « Je rêve d’une trilogie : Aux Portes de l’Esprit, puis du Corps, puis de l’Âme. »
Un projet à la mesure de son univers, mais aussi des exigences qu’elle s’impose.
« C’est un grand projet qui me demande une dose absolument colossale d’imagination. »
Du côté de l’éditeur, le choix n’en était pas un. « Dès les premières pages, l’âge n’est plus un critère », souligne-t-on en interne. Un univers solide, une intrigue maîtrisée, des thématiques profondes : autant d’éléments qui inscrivent le roman dans une génération de récits hybrides, entre fantasy et introspection. Mais au-delà du livre, c’est une manière d’écrire qui se dessine. Une nécessité plus qu’une ambition. « Ils existent déjà. Ils ne demandent qu’un peu de temps pour se développer. »
Voilà qu’à 15 ans, Ilyana Benrhanem ne se contente pas d’entrer en littérature : elle y trace déjà une trajectoire. Discrète, encore fragile, mais habitée d’une conviction rare : celle que les histoires ne naissent pas seulement de l’imaginaire, mais de ce besoin irrépressible de combler les silences — et, peut-être, de mieux se comprendre soi-même.
- Nightmare – Tome 1 : Aux Portes de l’Esprit, Ilyana Benrhanem, Les 3 Colonnes
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