À Monastir, Kaïs Saïed rompt le silence médiatique lors de l’hommage à Bourguiba

 À Monastir, Kaïs Saïed rompt le silence médiatique lors de l’hommage à Bourguiba

À l’occasion de la 26e commémoration de la disparition de Habib Bourguiba, le président Kaïs Saïed s’est rendu le 6 avril à Monastir, haut lieu de la mémoire nationale. C’est là qu’il s’est livré à un exercice rarissime depuis son investiture : une interaction sans filtre avec la presse.

Car au-delà du recueillement, c’est ce moment politique rare qui a retenu l’attention : une conférence de presse semi improvisée, au cours de laquelle le chef de l’État a répondu directement aux questions des journalistes. Un exercice inhabituel depuis son arrivée au pouvoir en 2019, tant le président privilégie habituellement les allocutions unilatérales.

Face aux médias, Kaïs Saïed a adopté un ton mêlant pédagogie et fermeté, dans un décor chargé de symboles. En choisissant Monastir, ville natale de Bourguiba, il s’inscrit dans une continuité historique qu’il revendique régulièrement, tout en cherchant à affirmer sa propre lecture du moment politique. Cette interaction directe avec les médias, sans formatage apparent, a suscité un intérêt particulier dans un contexte marqué par les critiques sur le manque de dialogue entre le pouvoir exécutif et les journalistes.

 

Des réponses en vrac sur fond de tensions politiques

Interrogé sur plusieurs dossiers de politique intérieure, le président a réitéré ses positions sur la souveraineté nationale, la lutte contre la corruption et la réforme des institutions. Il a également évoqué la situation économique du pays, appelant à « compter plus que jamais sur les propres ressources de la Tunisie » tout en dénonçant certaines pressions extérieures. Sans surprise, son discours s’est inscrit dans la ligne radicalement souverainiste qu’il défend depuis le 25 juillet 2021, date du tournant politique ayant profondément reconfiguré les institutions.

Il a notamment défendu son bilan depuis l’acquisition des pleins pouvoirs, affirmant que ses décisions visaient le « sauvetage de l’État » la réalisation de la « volonté populaire ». Il aussi a insisté sur la poursuite de la lutte contre la corruption et les « réseaux d’influence », tout en rejetant les accusations de dérive autoritaire : interrogé sur les libertés publiques, il a assuré qu’elles étaient garanties, tout en dénonçant des « campagnes de désinformation ».

Sur la situation économique, le chef de l’État a reconnu des difficultés, mais a appelé à privilégier les solutions internes plutôt que de dépendre de financements extérieurs. Il a critiqué certaines institutions financières internationales, tout en affirmant que la Tunisie devait préserver sa souveraineté économique.

Saïed a enfin défendu l’indépendance de la justice, tout en justifiant les poursuites visant certaines figures politiques ou médiatiques. Selon lui, il s’agit d’appliquer la loi et non de cibler des opposants, un discours légaliste sur lequel il reste invariable.

Concernant sa politique étrangère, il a réaffirmé une ligne diplomatique basée sur la non-ingérence et le respect de la souveraineté, appelant à des relations « équilibrées » avec les partenaires étrangers.

 

Répondant directement aux journalistes, il a critiqué une partie de la couverture médiatique, accusée de manquer d’objectivité, tout en affirmant rester ouvert au dialogue — ce que cette conférence de presse visait justement à illustrer, sans réellement convaincre puisqu’il a appelé à un changement éditorial au sein de la TV nationale.

Quoi qu’il en soit, cette ouverture à des sujets variés a donné à l’échange une dimension plus large, rompant avec le caractère souvent cadré des interventions présidentielles. Si certains observateurs saluent cet exercice de transparence, d’autres y voient une opération ponctuelle, sans garantie d’une évolution durable des relations entre le pouvoir et les médias. Reste que cette prise de parole, dans un format trop peu fréquent, marque une inflexion notable dans la communication présidentielle.