A Tremblay-en-France, des jeunes des quartiers se forment pour devenir surveillants de baignade

Entraînement BNSSA à la piscine municipale de Tremblay-en-France. Crédit photo : Nadir Dendoune
Face à la pénurie de maîtres-nageurs, un dispositif local mise sur l’insertion professionnelle par le sport.
Dans le brouhaha de la piscine municipale de Tremblay-en-France (93), en ce samedi après-midi du 7 février, une quinzaine de jeunes hommes enfilent bonnet et lunettes. Pour la plupart, ils ne se destinaient jamais à une carrière aquatique. Pourtant, ce jour-là marque le premier cours de préparation au BNSSA, le Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique, un diplôme indispensable pour devenir surveillant de baignade.
Ce programme, inédit à l’échelle de la ville, est né d’un constat alarmant : la pénurie de maîtres-nageurs, particulièrement marquée en Seine-Saint-Denis.
Une réponse locale à une crise nationale
« Aujourd’hui, tous les directeurs des sports sont confrontés au même problème, explique Mokrane Rahmoune, directeur des sports de Tremblay-en-France. La pénurie touche l’ensemble du territoire, aggravée par les départs à la retraite. Il fallait mettre en place un dispositif concret pour y répondre. »
Financé en partie par la politique de la ville, le projet vise à former 20 jeunes à Tremblay. En parallèle, la municipalité prépare, pour avril prochain, le lancement d’un programme « savoir nager », en lien avec le conseil général et la préfecture.
« La Nage pour Tous » : quand la formation mène à l’emploi
Le dispositif repose sur un partenariat entre la Ville, l’association La Nage pour Tous, créée en 2023, et l’association Apart.
« Ce qui est essentiel pour nous, c’est qu’il y ait un travail à la clé, souligne Mohamed Khiar, président de La Nage pour Tous. On transmet de la rigueur, de la discipline, mais aussi une perspective professionnelle réelle. »
La formation, dont le coût total s’élève à 650 euros, est largement prise en charge : les jeunes ne déboursent que 150 euros. Les entraînements ont lieu tous les samedis, avec un accès libre à la piscine, complétés par des séances de nage forme et santé le dimanche.
À l’origine du projet, Samir Souadji, directeur de l’association Apart, évoque une réflexion de long terme :
« En échangeant avec la Ville, on a mesuré l’ampleur du manque de maîtres-nageurs. J’ai mûri ce projet, puis la rencontre avec La Nage pour Tous a permis de structurer un vrai réseau », détaille celui qui, depuis plus de vingt ans, se bat pour que les jeunes d’Île-de-France découvrent d’autres sports habituellement peu pratiqués dans les quartiers populaires.
Tous les ans, l’association Apart, à travers le programme Apart Outdoor, emmène des jeunes femmes et hommes en montagne, où ces derniers pratiquent la randonnée mais aussi l’escalade.

« Le vrai travail, c’est vous »
Dès ce premier cours, le message est clair : la réussite ne sera pas automatique. « Ce ne sera pas une partie de plaisir. La formation est exigeante, rappelle l’encadrement. L’objectif, c’est 100 % de réussite, mais le vrai travail, c’est vous. Nous, on sera là pour vous accompagner », insiste Dany, le maître-nageur.
Parmi les stagiaires, Killian, 21 ans, sans diplôme et en recherche d’emploi, découvre un univers exigeant. « A la base, je ne faisais pas de natation. Cette formation, c’est un travail sur soi. Ça pousse à la discipline, à ne pas rester sur ses acquis. »
Des trajectoires différentes, un même objectif
À 18 ans, Dylan, encore scolarisé et futur étudiant en BTS, confie n’avoir jamais réellement appris à nager. « À l’école primaire, je n’allais presque jamais à la piscine. J’ai fait de la boxe, comme beaucoup de jeunes de mon quartier. Sans ce dispositif, et sans Samir, je n’aurais même pas pensé à ce métier. »
Même parcours atypique pour Ilan, 21 ans, titulaire d’un BTS et animateur en maison de quartier : « Je nageais peu, surtout en vacances. Là, je me remets dans une bonne hygiène de vie. Devenir maître-nageur, transmettre, peut-être même travailler à l’étranger, c’est une vraie fierté. »
Reda, 21 ans, arrivé d’Algérie en 2011, voit dans le BNSSA une opportunité d’avenir : « Je n’ai nagé qu’un an en primaire. Aujourd’hui, je veux aller jusqu’au bout, sauver des vies, pourquoi pas un jour à l’étranger. »
Apprendre à nager, apprendre à se projeter
Au-delà de la technique, le projet porte une ambition sociale forte. « Ici, on ne se tire pas les uns sur les autres, résume Abdelhakim Bendjebbour, fondateur de l’association La Nage pour Tous. On avance ensemble. »
A Tremblay-en-France, cette première séance n’est qu’un début. Mais pour ces jeunes issus des quartiers populaires, elle représente déjà bien plus qu’un cours de natation : une possibilité d’emploi, de reconnaissance et d’avenir.
