Castilia : la “cité romaine”, entre découverte réelle et emballement médiatique

 Castilia : la “cité romaine”, entre découverte réelle et emballement médiatique

Les chercheurs cherchent maintenant à reconstituer l’ensemble du site et à comprendre à quoi il servait

Annoncée ces derniers jours comme la découverte spectaculaire d’une « cité romaine entière », Castilia, à proximité de Tozeur, Tunisie, intrigue autant qu’elle fascine. Derrière l’emballement médiatique se cache un site archéologique déjà étudié depuis plusieurs années, dont les fouilles récentes suggèrent une organisation complexe et une richesse patrimoniale insoupçonnée.

L’annonce a fait le tour des réseaux sociaux et de plusieurs médias tunisiens : une « cité romaine entière » aurait été mise au jour dans le sud du pays. Cette formulation spectaculaire doit toutefois être nuancée. Le site de Castilia n’est pas une découverte récente. Il a été identifié dès les années 2000 et fait l’objet de fouilles régulières depuis 2017, grâce à un programme de recherche tuniso-italien réunissant l’Institut national du patrimoine tunisien et l’université de Rome Tor Vergata.

Un site tardo-antique, entre héritage romain et monde byzantin

Les récentes fouilles de fin mars 2026 ont permis de découvrir, effectivement, des structures plus étendues et mieux conservées que précédemment. Les archéologues ont mis au jour un grand bâtiment organisé autour d’une cour centrale, ainsi que plusieurs espaces articulés entre eux, révélant une cohérence jusqu’ici insoupçonnée. Ces découvertes ne constituent pas toutefois, une ville entièrement exhumée, comme certains articles l’ont laissé entendre, mais elles confirment l’existence d’un ensemble structuré, bien plus vaste que ce que l’on pensait.

Pour comprendre Castilia, il faut s’intéresser à sa datation. Les recherches situent son occupation principale entre le Ve et le VIIe siècle après J.-C., une période appelée Antiquité tardive ou tardo-antique. C’est un moment charnière, à la fin de l’Empire romain d’Occident, où le monde byzantin émerge et où le christianisme se diffuse largement.

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Sur le site, cette histoire se traduit notamment par la présence d’une église paléochrétienne (des premiers siècles du christianisme), déjà mise au jour lors de précédentes fouilles, ainsi que par des habitations qui révèlent des formes de vie communautaires organisées. Loin de l’image d’une cité romaine classique, Castilia apparaît comme un établissement tardo-antique, à la croisée des influences romaines et byzantines.

Quand le sable livre ses secrets enfouis

Les chercheurs cherchent maintenant à reconstituer l’ensemble du site et à comprendre à quoi il servait. Pour cela, ils utilisent des outils modernes : des relevés très précis du terrain, des reconstitutions en 3D et l’analyse des matériaux et des traces laissées par les habitants. Leur objectif est de déterminer s’il s’agit d’un village organisé, d’un lieu à la fois religieux et économique, ou d’une agglomération plus importante encore enfouie sous le sable.

Si l’expression « cité romaine entière » relève en partie d’un emballement médiatique, elle reflète néanmoins une réalité : les dernières découvertes suggèrent un site d’une ampleur insoupçonnée. Mais à ce stade, seule une partie a été dégagée, et les fouilles se poursuivent. Castilia illustre ainsi la manière dont l’histoire se dévoile progressivement, à mesure que le sable livre ses secrets.

Des constructions traditionnelles au cœur de Tozeur, où les briques typiques de la région racontent une histoire millénaire entre vie urbaine et patrimoine.

Au-delà de ces nuances, Castilia représente un enjeu patrimonial majeur pour le sud tunisien. Situé près de Tozeur, dans une région déjà réputée pour ses paysages et ses oasis, le site pourrait révéler une facette méconnue de l’histoire locale, plus ancienne que ce que l’on connaissait. En éclairant cette période tardo-antique, il offre une nouvelle lecture du passé de l’Afrique du Nord et permet au territoire de renforcer son attractivité culturelle. Plus qu’une simple découverte, c’est tout un pan d’histoire qui pourrait progressivement reprendre vie, ainsi, au rythme des fouilles.

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