Chez Matisse, un héritage en partage

 Chez Matisse, un héritage en partage

Exposition sur Matisse en Espagne – (Photo : JAVIER SORIANO / AFP)

Plus qu’un hommage au maître du fauvisme, l’exposition qu’abrite le CaixaForum Madrid offre un lieu où les influences s’entrecroisent, se répondent et se réinventent pour donner à voir un legs cosmopolite qui traverse les époques et la Méditerranée.

 

C’est à un dialogue inédit entre le peintre français et quarante-neuf artistes d’horizons divers — de Natalia Gontcharova à Le Corbusier, en passant par Daniel Buren — que nous invite Chez Matisse. L’héritage d’une nouvelle peinture.

Proposée par la Fondation « la Caixa » à Madrid, en collaboration avec le Centre Pompidou, l’exposition bénéficie du prêt exceptionnel de l’intégralité des œuvres du parcours, rendu possible par la fermeture prolongée du musée parisien.

Elle réunit ainsi une centaine de pièces signées par de grandes figures de l’art du XXᵉ siècle et des créateurs contemporains qui prolongent, interrogent et bousculent cet héritage.

Si l’accrochage retrace la carrière d’Henri Matisse, cet homme du Nord qui passa sa vie à chercher la lumière du Sud, il met aussi en exergue son attirance pour l’Orient et les réponses qu’elle a suscitées.

Cet attrait se manifeste très tôt dans son travail, avant même que le maître du fauvisme ne pose un pied en Afrique du Nord. C’est à son retour de Berlin, où il découvre les collections d’art islamique, qu’il peint L’Algérienne en 1909, un portrait qui atteste déjà de son goût pour les motifs géométriques, l’arabesque et l’élégance des tissus.

Ce tableau trouvera d’ailleurs acquéreur le jour même de sa première exposition, signe de la fascination des milieux artistiques européens pour cette esthétique venue d’ailleurs.

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Henri Matisse – L’Algerienne

Plus largement, l’exposition montre comment l’orientalisme moderne, celui de Matisse et de ses contemporains, a façonné l’identité visuelle du XXᵉ siècle. On y croise notamment Les Femmes de Laghouat d’Albert Marquet, peint lors de son séjour en Algérie, ou encore Les Fellahines de Kees Van Dongen (1913), avec leurs silhouettes marchant le long du Nil. Ces toiles soulignent l’influence esthétique du monde arabe sur la peinture occidentale de cette époque.

Les femmes de Laghouat d’Albert Maquet

L’autre singularité tient à l’intégration du regard féminin. Outre Sonia Delaunay ou Natalia Gontcharova, Aurélie Verdier, la commissaire, a fait une large place à Baya (Fatma Haddad). Ses couleurs vives, ses figures féminines souveraines et sa liberté stylistique attestent de la porosité entre les deux rives de la Méditerranée.

Dansons…, l’œuvre vidéo de Zoulikha Bouabdellah, apporte une chute audacieuse. En détournant le thème de la danse, cher à Matisse, elle met en scène une figure féminine qui se transforme en odalisque — mais une odalisque qui s’affirme, se redresse et se libère par le mouvement. Loin du modèle orientaliste passif et lascif, elle bouscule la représentation du féminin dans l’imaginaire occidental.

 

Chez Matisse. L’héritage d’une nouvelle peinture
Jusqu’au 22 février
CaixaForum
P.º del Prado, 36, Centro, 28014 Madrid