Chronique.Ligue du LOL : Harcèlement textuel

crédit photo : F. Ferville pour Le Courrier de l'Atlas

L’écrivain Mabrouck Rachedi croque l’actualité. L’auteur de “Toutes les couleurs de mon drapeau” évoque l’affaire de la Ligue du LOL et les changements de notre société qu’elle met en évidence.

Un an après le mouvement #MeToo, une ­affaire née sur Twitter a des conséquences sans précédent sur la presse française. C’est une nouvelle irruption de la vie virtuelle dans la vie réelle. Les deux sont indissociables, quoi qu’en ait pensé la bien triste Ligue du LOL. Il s’agit d’un groupe Facebook créé en 2009 et composé d’une trentaine de journalistes, blogueurs et personnalités issues de la publicité et de la communication. Ces hommes ont harcelé des militantes et certaines de leurs collègues femmes sur les réseaux sociaux. Un grand courage doublé d’une subtilité à nulle autre pareille qui les a conduits à les bombarder d’insultes, à envoyer des photos et des vidéos pornographiques trafiquées, à lancer des appels au viol… Un harcèlement qui a duré des années et a entravé la carrière professionnelle de plusieurs journalistes, dont certaines côtoyaient dans leurs rédactions ceux qui les agressaient sur les réseaux sociaux.

Quelle est la juste peine ?

La première réaction des accusés a été le déni : les réseaux sociaux étaient un far west où tout était permis, c’était de l’humour à comprendre au millième degré, c’était un jeu de sales gosses… Des arguments bidons visant à les ­distancier des horreurs qu’ils ont proférées et des traumatismes qu’ils ont provoqués chez leurs victimes. A côté de certains, qui ont présenté leurs excuses aussitôt l’affaire révélée, d’autres prônaient la recontextualisation : ce n’était pas eux les coupables, c’était l’époque. Cela n’a pas suffi, et il a fallu rendre des comptes. L’impunité dont avaient bénéficié les harceleurs a volé en éclats. Des mises à pied et des procédures de licenciement se sont succédé. L’un des heureux constats de cette affaire est que les coupables paient.

Au-delà de la justice qui est rendue petit à petit, se pose la question de notre regard sur les fautifs. Comme d’autres avant eux, ils ont revendiqué le droit au changement. Quelle est la juste peine ? Auront-ils droit à d’autres chances ? L’ironie veut que certains membres de la ligue du LOL ont tenu des positions morales très fermes sur d’autres, dans la même position qu’eux aujourd’hui. C’est d’ailleurs un tweet – dénonçant un “journaliste modèle qui joue les exemples après s’être bien amusé au sein de meutes de harceleurs de féministes” – qui a été l’origine des révélations en cascade.

Sommes-nous irréprochables ?

Combien sont-ils qui critiquent opportunément ce qu’ils ont fait eux-mêmes, tout en ayant pris bien soin d’effacer les traces de leurs forfaits ? La suppression des tweets est devenue un sport national et la capture d’écran une arme de compromission massive.

Interroger le comportement des autres est un exercice salutaire, c’est encore mieux quand on se questionne soi-même. Sommes-nous irréprochables ? Comment réagir quand nous connaissons un cyberdélinquant ? Le dénoncer, quitte à passer pour un délateur de bas étage ? Laisser passer, quitte à endosser la responsabilité du silence ? Si j’avais connaissance de dérapages d’un collaborateur, d’un ami, que devrais-je faire ? Quelle est la limite entre l’amitié aveugle et l’aveuglement dans l’amitié ? Ce sont beaucoup de questions que soulèvent ces affaires sur nos mœurs et une certitude : l’air du temps a changé et on respire mieux ainsi. 

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