Chronique.Somalie : le terro par la corne

crédit photo : F. Ferville pour Le Courrier de l'Atlas

MAGAZINE NOVEMBRE 2017

L’écrivain Mabrouck Rachedi croque l’actualité. Ce mois-ci, l’auteur de “Tous les hommes sont des causes perdues” évoque le terrorisme dans la Corne de l’Afrique.

On dit de l’Afrique de l’Est qu’elle est le berceau de l’humanité. Samedi 14 octobre, elle a été le tombeau de 300 personnes dans un attentat aux véhicules piégés à Mogadiscio, en Somalie. Du jamais vu dans un pays pourtant peu épargné par l’horreur et l’ignominie. La guerre civile, les ­famines, la désastreuse opération humanitaire Restore Hope, le tsunami, la prise de pouvoir par les ­islamistes, les interventions des pays voisins, les ­attentats, l’instabilité politique, la corruption… ont été les plaies successives de la Somalie, en queue de presque tous les classements internationaux de ­développement économique, social, sécuritaire ou démocratique. “Presque tous”, parce que certains indicateurs sont impossibles à mesurer étant donné l’état de délabrement du pays.

Loin des caméras, loin de cœurs

Le groupe terroriste islamiste Harakat al-Shabab Al-­Mujahedin, encore appelé Shebab, est suspecté d’être à l’origine de ce crime odieux. Lié à Al-Qaïda, que l’on présente comme déclinant, ce “mouvement des jeunes combattants” est l’organisation la plus meurtrière en Afrique : 4 200 morts en 2016 selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, en Somalie, au Kenya, en Ouganda… Dans la ­sinistre compétition internationale de la mort, elle surpasse Boko Haram dans le continent noir.

Au moment où on se félicite, à juste titre, des reculs de Daech, – Raqqa, l’ancien bastion de l’Etat islamique en Syrie est tombé le 17 octobre aux mains des forces de la coalition après plusieurs mois de combat –, la tête de l’hydre repousse ailleurs. Le cartel des assassins a encore de multiples visages : Al-Qaïda dans la Péninsule arabique, le Front al-Nosra, Ansar Dine, Ansar al-Charia… et d’autres organisations qui sommeillent en attendant leur tour. Le cycle de la violence semble sans fin dans ces zones géographiques éloignées des champs médiatiques occidentaux.

Nous ne sommes pas Mogadiscio. Les drapeaux ne sont pas mis en berne dans nos mairies. Loin des caméras, loin des cœurs, on observe aux ­jumelles ces morts qui s’entassent. On attend que le sang déborde dans nos contrées pour s’émouvoir, pour se révolter. Ce sont les mêmes que l’on n’a pas su voir là-bas qui ­séviront chez nous, la racine d’un mal commun dont nous ne traitons que les conséquences en laissant proliférer le foyer infectieux. Quand on s’en préoccupe, on abuse des traitements lourds comme au ­Yémen, où les essaims de drones et les tapis de bombes sont les seuls remèdes mis en œuvre par une coalition aux motivations aussi suspectes que ses méthodes. ­Ladite coalition se trouve ainsi sur la liste noire de l’ONU des pays et des entités ayant commis des meurtres ou des mutilations d’enfants en 2016.

L’illusion d’un “Printemps somalien”

Un virus entre dans le corps humain par les points faibles, avant de se propager à tout l’organisme et le menacer. De la même façon, les terroristes s’agglomèrent là où les misères leur permettent de proliférer. L’illusion d’un “Printemps ­somalien” entrevue lors de l’élection en février de Mohamed Abdullahi Mohamed a été soufflée par une déflagration d’une puissance inimaginable. Espérons que le président surnommé “Farmajo” (“fromage”), n’aura pas une politique gruyère en ­prenant le terrorisme par la Corne de l’Afrique. 

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