Cinéma.Corps Etranger, en manque de chair

Crédit photo : Presse

La réalisatrice tunisienne Raja Amari confronte un trio amoureux avec la situation des immigrés en France. 

La tête sous l’eau, une jeune femme semble échapper à la noyade non loin d’un radeau qui emmène des candidats à l’exil pour l’Europe. On la retrouve peu après sur une plage puis, nouvelle ellipse, dans les rues de Lyon. ­Samia, c’est son nom, prend alors contact avec Imed, un ami de son frère. Celui-ci est barman dans un café et accepte de l’héberger dans sa colocation déjà bien ­encombrée. Pour sortir de cette situation, qu’elle sait transitoire, Samia cherche du boulot et rencontre une femme aux allures bourgeoises, en train d’afficher dans un bar une annonce pour recruter une employée de ­ménage. Très vite engagée, Samia se trouve alors confrontée à l’écheveau des désirs qui se forme autour d’elle...

Un film tourné en 2016

Après une présentation au festival de Berlin, en 2016, et une sortie en mars dernier en Tunisie, il aura donc fallu un certain temps pour que Corps étranger, le film de Raja Amari, soit projeté dans les salles françaises. Plutôt étonnant pour cette réalisatrice tunisienne déjà remarquée pour ses précédentes œuvres.

Quinze ans après son grand succès, Satin rouge, la ­cinéaste retrouve donc Hiam Abbass pour un quasi-­remake, actualisé et délocalisé. L’actrice y joue à nouveau la veuve éplorée en quête de sensations, et qui trouve sa place dans un triangle amoureux. Mais cette fois, Raja Amari évacue la jubilation de la découverte de la danse qu’elle explorait dans Satin rouge pour ajouter une tension. Celle liée à la géopolitique contemporaine, celle des flux d’immigration économique et politique à l’œuvre dans le bassin méditerranéen.

Lumineuse Hiam Abbass

De fait, il s’instaure dans Corps étranger un climat sourd. Samia a, par exemple, un frère islamiste en ­détention qu’elle semble fuir. Le titre du film, très explicite, joue également sur l’ambivalence, prenant à la fois un sens très littéral, sexuel, ou au contraire plus symbolique voire politique. Les jeunes immigrés en France, l’ancienne immigrée désormais bien intégrée, l’homme pour une femme, la femme pour une femme, le deuil et le poids du refoulé...

De ce chemin tortueux, Raja Amari s’en sort avec une certaine finesse, mais elle échoue curieusement sur le plan de l’incarnation de la sensualité. Le trouble érotique, qui est censé être le fil conducteur du film, n’est pas réellement présent. Ce manque d’audace, plutôt étonnant venant d’une réalisatrice qui n’hésite pas à s’aventurer sur des terrains sulfureux, n’enlève toutefois pas à Corps étranger tout son intérêt. A ­commencer par celui, toujours renouvelé, de retrouver Hiam Abbass, incontestablement l’une des plus grandes actrices de notre temps. 

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