Cinéma.Moussa Maaskri, le caméléon méditerranéen du 7ème art

L’acteur campe un voyou dans Le Crime des anges, de Bania Medjbar, en 2018 (crédit photo : Collection Christophel/Maorigraphe/Studio Lemon/Les films de goéland/AFP)

Entre le tournage du prochain film d’Olivier Marchal et la tournée théâtrale qu’il entame bientôt dans l’Hexagone, l’acteur franco-algérien fourmille de projets. Habitué aux rôles de méchants, le quinquagénaire poursuit avec brio une carrière entamée il y a vingt-sept ans

"La France a un incroyable talent"… celui de le gâcher. Aux Etats-Unis, Moussa Maaskri endosserait sûrement le statut de star et se verrait probablement attribuer les premiers rôles. En France, en vingt-sept ans de carrière, l’acteur franco-algérien, qui a côtoyé sur les planches ou au cinéma les plus grands (Philippe Noiret, Gérard Depardieu, Gilbert Melki, Jean Dujardin) et a notamment été dirigé par Luc Besson, Olivier Marchal, Jean-Jacques Annaud et Wim Wenders, n’est pas une tête d’affiche. Ses apparitions à l’écran représentent pourtant plus de 20 millions d’entrées au cinéma et rassemblent des millions de téléspectateurs (il a pris part aux séries télévisées les plus regardées ces dernières années, comme Mafiosa, Fais pas ci, fais pas ça, Braquo, Le Transporteur, Falco, Panthers) !

Une carrière époustouflante pour un acteur né en Algérie, à Chelghoum Laïd, près de Constantine, en 1962. Il y vit avec sa mère, ses frères et sœurs jusqu’à l’âge de 5 ans. Son père travaille alors en France dans une société de goudronnage et décide de rapatrier sa famille. “On a pris le bateau pour le rejoindre et je ne l’oublierai jamais, se souvient le quinquagénaire. J’étais malade et j’essayais de dormir. Quand j’ai ouvert les yeux et que j’ai vu Marseille, j’ai cru qu’on avait fait demi-tour dans la nuit, tellement ça ressemblait à Alger ! Dans la foule, ma mère m’a montré un homme et m’a dit ‘Ha woua Babak’ (voici ton père, ndlr)”.

La joie des retrouvailles laisse place à la désillusion. La famille élit domicile dans un bidonville de l’agglomération avant de rejoindre la cité populaire des Flamants, dans les quartiers nord, en 1973. “La première chose qui m’a frappé, c’était l’ascenseur. Le melting-pot y était incroyable. Il y avait des Grecs, des Espagnols, des Italiens, des Maghrébins, des Africains... On faisait le tour du bassin méditerranéen en descendant un étage. Mon souvenir le plus prégnant de cette période, c’est que les portes restaient toujours ouvertes dans les couloirs.”

L’adolescence se déroule tranquillement dans cette ambiance diversifiée et joyeuse. Seules ombres au tableau : “les fins de mois qui arrivent le 15” et le racisme qu’il subit de plein fouet à l’école. “Un professeur – j’ai découvert plus tard qu’il s’agissait d’un ancien tueur du SAC (service d’action civique, ndlr) – a demandé aux Maghrébins d’ouvrir les fenêtres, car ‘on sentait l’huile d’olive’. Ces propos violents m’ont marqué.”

Le théâtre comme exutoire

A 17 ans, le passionné de football est bouleversé par un fait divers. “Le 18 octobre 1980, la veille de l’Aïd el-Kébir, on a voulu faire un tour dans une Renault 12 avec ma bande de copains, mais ma mère m’a empêché d’y aller. Lors d’un contrôle d’identité, un CRS a tiré sur mon ami marocain, Lahouri Ben Mohamed. J’ai senti la violence monter en moi, mais su me maîtriser. Le théâtre, que j’ai découvert à ce moment-là, fut comme une thérapie, un exutoire.”

Avec une pièce, Ya Oulidi (mon fils), Moussa Maaskri remplit les salles sans penser en faire son métier. A Beaubourg, l’acteur britannique Bruce Myers l’applaudit et le convie à venir voir Ubu roi, mis en scène par Peter Brook. Un “éblouissement” qui lui donne envie d’aller plus loin. “Mon premier soutien a été ma défunte mère, Zohra, qu’on appelait Zhor. Elle a toujours été ­derrière moi. Elle pensait que je pouvais m’en sortir par une passion. Mon père était un homme aimant, mais il avait tellement de préoccupations qu’il n’était pas très ­impliqué dans mes choix de vie.”

Jouant du Molière en provençal, il rejoint une troupe à Arles pendant deux ans, “une période fabuleuse, où l’on débattait et se critiquait pour progresser”. Il écrit alors une pièce, Mina, nouvelle histoire marseillaise. Le théâtre de La Criée le remarque et le fait venir. Après un spectacle, La Danse du Diable, de Philippe Caubère, il prend “une claque” et construit le sien comme un seul en scène qu’il jouera notamment en prison, “une espèce de morgue sauf que les prisonniers sont vivants”.

Il fait ses débuts au cinéma à l’aube des années 1990, avec un rôle de gitan dans le film Mohammed-Bertrand-Duval d’Alex Métayer, puis dans Bye-Bye, de ­Karim Dridi, dans lequel il incarne un dealer. Cette ascension le mène sur le tapis rouge cannois et sur le plateau de l’émission culte de l’époque, Nulle part ailleurs, aux côtés de Will Smith. “J’ai compris le star system avec ce film. Je me suis alors dit que le cinéma offrait la possibilité d’être connu.”

Le cœur à Marseille

Par chance, Moussa Maaskri bénéficie d’un sacré atout : c’est un caméléon méditerranéen. Son physique lui permet de jouer des Arabes, des gitans, des Espagnols, des Corses, etc. Malgré cela, il reste toutefois cantonné au même type de rôles. “On a défoncé les portes, confie l’acteur. Les jeunes acteurs doivent être reconnaissants envers Roschdy Zem, Sami Bouajila ou Tahar Rahim, qui ont commencé à camper des rôles d’avocats, de professeurs, etc. Moi, je n’ai pas pu, car on m’a catalogué dans des rôles de méchants.”

Amoureux des films de Jean Gabin, Lino Ventura et Alain Delon, l’acteur adore les polars à la française. Et, s’il faut retenir un trait fort de sa carrière d’acteur, c’est sa capacité à incarner avec talent les “bad boys”. “Le méchant peut dire bonjour à sa mère le matin, traverser la rue et aller exécuter quelqu’un, car c’est dans son contrat. Cela offre une incroyable palette de jeu. Ce ne sont pas des monstres. Ce sont des êtres humains capables de monstruosités. On a tous ça en nous. Soit on le développe, soit on l’enfouit.”

Actuellement en préparation du prochain film d’Olivier Marchal, Bronx, qui l’aide à “sonder l’âme humaine dans sa noirceur comme dans sa clarté”, Moussa Maaskri explore aussi d’autres univers comme ceux, “oniriques”, de “deux grands enfants” que sont Jean-Jacques Annaud ou Luc Besson. Il s’essaie également à la comédie avec Taxi 5, de Franck Gastambide, qui se déroule à Marseille. “Cette cité m’a ouvert ses portes et m’a accepté tel que je suis : un homme fier de ses racines.”

Une ville envers laquelle il exprime sa gratitude, comme lorsqu’il prend part aux films de jeunes de quartiers ­populaires sur YouTube ou qu’il travaille sur un projet de long métrage avec l’humoriste Kamel et le metteur en scène marseillais Mel Dogman, "pour qu'il a beaucoup d'estime". Moussa Maaskri est aussi au casting de Stillwater, de Tom McCarthy, réalisateur oscarisé pour Spotlight en 2016, et tourné dans la cité phocéenne. L’acteur aime donner et recevoir. “Il ne faut pas avoir peur. C’est là que l’on fait les pires conneries. Comme m’a dit un jour Philippe ­Noiret, la vie est un tour de manège. Autant le faire en première classe !” 

IL RACONTE

CHRONIQUES

LES DOSSIERS DU MAGAZINE

EDITOS

Articles les + lus


Agenda


LES SERIES DU MAGAZINE

ENVOYE SPECIAL

×

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies qui permettront notamment de vous offrir contenus, services, et publicités liés à vos centres d'intérêt.

Fermer