Dix ans de prison en appel pour Abir Moussi dans l’affaire du bureau d’ordre

Abir Moussi au Parlement
La chambre criminelle de la Cour d’appel de Tunis a rendu à la mi-mars son verdict dans l’affaire dite du « bureau d’ordre de la présidence ». La dirigeante du Parti destourien libre, Abir Moussi, a été condamnée à une peine totale de dix ans de prison, marquant une étape judiciaire majeure dans ce dossier sensible.
Dans le détail, la cour a prononcé rien de moins qu’une peine principale de neuf ans de réclusion pour des faits qualifiés de « tentative d’atteinte à la forme de l’État, d’incitation à la violence entre citoyens et de trouble à l’ordre public », en vertu notamment de l’article 72 du Code pénal. À cette condamnation s’ajoutent deux peines de six mois chacune, l’une pour traitement de données personnelles sans consentement (agents de la garde présidentielle filmés durant un live) et l’autre pour entrave à la liberté du travail, portant le total à dix ans.
Ce jugement intervient après une condamnation en première instance à douze ans de prison, prononcée en décembre 2025. La cour d’appel a ainsi partiellement révisé la peine, sans toutefois remettre en cause la gravité des accusations retenues contre l’opposante politique. Pour ses partisans, il s’agit d’un « non-procès », contre lequel les nombreux avocats qui composent le comité de défense ont choisi de se retirer en guise de protestation « afin de ne pas servir de décor ».
Dans le même dossier, sa collaboratrice, Meriem Sassi, a été condamnée à une peine totale d’un an de prison, déjà purgé, pour des faits similaires liés aux données personnelles et à l’entrave au travail.
Une affaire née d’un incident aux abords du Palais de Carthage
Les faits remontent au 3 octobre 2023, lorsque Abir Moussi s’était rendue au bureau d’ordre de la présidence de la République afin de déposer des recours contre des décrets présidentiels régissant les circonscriptions électives. Son interpellation sur place, en partie documentée par elle-même en vidéo, avait marqué le point de départ d’une procédure judiciaire qui se poursuit depuis lors.
Placée en détention depuis cette date, la présidente du PDL avait été renvoyée devant la justice pour des accusations graves liées à la sûreté de l’État. L’affaire s’inscrit dans un contexte politique tendu, où plusieurs figures et leaders de l’opposition font face à des poursuites judiciaires.
Le procès en appel, dont l’audience avait été reportée début mars 2026, s’est tenu dans un climat de forte attention médiatique et politique. La défense avait notamment demandé la libération de l’accusée, requête rejetée par la juridiction avant le délibéré final. Avec cette condamnation à dix ans de prison, la justice tunisienne confirme la sévérité de sa position dans ce dossier emblématique.
Un parcours sulfureux
Abir Moussi est avocate et femme politique tunisienne née le 15 mars 1975 à Jemmal, délégation de Monastir. Figure controversée de la scène politique, elle est surtout connue pour être la présidente du Parti destourien libre (PDL), formation se réclamant de l’héritage bourguibien et de l’ancien parti au pouvoir sous Zine el-Abidine Ben Ali, qui a pu représenter la seconde force de l’opposition dans les sondages aux débuts des années 2020.
Juriste de formation, elle a exercé comme avocate avant de s’engager en politique au sein du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), dont elle fut une cadre dirigeante avant la Révolution tunisienne de 2011. Après la chute du régime, elle fonde puis prend la tête du PDL, se positionnant comme une opposante farouche aux islamistes et, plus récemment, au pouvoir en place.
Élue députée à l’Assemblée des représentants du peuple en 2019, elle se distingue par un style aussi combatif que théâtral, et des prises de position tranchées, qui lui valent à la fois un soutien fidèle et de vives critiques. Depuis 2023, elle est au cœur de plusieurs procédures judiciaires, dont l’affaire du bureau d’ordre de la présidence, qui a conduit à cette condamnation en appel en 2026.
