Dossier du Courrier.Cancer : Changer le sens de son existence

crédit photo : lost horizon images / Cultura créatives / AFP

Ils refusent d’être des patients passifs. Leur souffrance a laissé place à une véritable rage de vivre et ils ont des projets plein la tête. Audrey Le Gal, psychologue au service d’oncologie du CHU de Poitiers, nous éclaire sur ce phénomène de “résilience”… 

MAGAZINE NOVEMBRE 2017

Par-delà la maladie, ils ont choisi la vie… Cette capacité à surmonter les moments douloureux et traumatisants de l’existence et à se développer en dépit de l’adversité, c’est ce que le neuropsychiatre Boris Cyrulnik appelle la “résilience”. Quand un malade apprend qu’il a un cancer, il y a d’abord un phénomène de “sidération”, explique Audrey Le Gal. “Pour certains, cela évoque instantanément l’idée de la mort. D’autres ne comprennent pas, ou ne croient pas, ce que leur dit le médecin.” Cette sidération engendre parfois une perturbation des besoins primaires. “Certains patients ne dorment plus, ne s’alimentent plus. La plupart disent n’avoir envie de rien.”

Savoir s’appuyer sur ses proches

Dès lors, comment expliquer que cette souffrance se mue parfois en une véritable force ? La réponse tient en deux mots : “Ressources psychiques.” Nous en sommes tous pourvus. Encore faut-il pouvoir les mobiliser. Le rôle des proches est ici déterminant indique la psychologue : “Certains patients décident de taire la maladie. Mais affronter le cancer seul n’est pas chose aisée. Pouvoir s’appuyer sur ses amis, sa famille, ses enfants, est une priorité pour trouver en soi la force de se battre.” La confrontation à l’idée de la mort entraîne parfois une “volonté exacerbée de vivre avec les gens auxquels on est lié émotionnellement”, poursuit-elle.

Repenser le sens de leur vie

Les patients rapportent souvent que le cancer a marqué “un point d’arrêt dans leur vie” qui leur a permis de “repenser leur histoire, le sens de la vie en général, affirme Audrey Le Gal. Beaucoup s’investissent dans l’associatif, d’autres choisissent de travailler moins pour vivre plus. Certains se lancent dans des projets qu’ils n’auraient jamais entrepris d’ordinaire.” Elle se souvient d’une patiente atteinte d’un cancer du sein très invasif qui, plutôt que de laisser la maladie dicter sa vie, avait décidé de la photographier, comme pour la maîtriser et lui donner un sens. Un autre malade de 19 ans avait, pour sa part, écrit une pièce de théâtre alors même qu’il se savait condamné. Des histoires comme celles-ci, il y en a des milliers. Le cancer renvoie le malade à sa condition de mortel, mais il peut aussi faire naître chez certains un “besoin de vivre”, de se sentir exister, qui les pousse à se transcender et à profiter de la vie. Sans forcément accepter la maladie, ils apprennent à vivre avec. 

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