Dossier du Courrier.Cancer : la maladie comme un marathon

crédit photo : Julien Crosnier/KMSP/DPPI/AFP - Archives personnelles de nadiarunsparis.com

Quand elle a appris qu’elle avait une tumeur au sein, Nadia lancé son blog. Sur son site, il n’est question ni du cancer ni de sa vie de maman et pas non plus de son quotidien d’enseignante. Non, cette pétillante quadra qui collectionne les médailles y parle de sa passion pour la course à pied. Témoignage d’une hyperactive qui mord la vie à pleines dents ! 

Entre un emploi prenant, deux enfants au collège, un besoin vital de faire du sport au quotidien, ses journées sont bien remplies. Pour rencontrer cette “influenceuse” mieux vaut se lever tôt. Rendez-vous est donc pris à 7 h 45. “NadiaRunsParis.com est né en janvier 2014, juste après l’intervention chirurgicale que j’ai subie pour retirer une tumeur”, confie la quadra qui tient un blog où elle parle de la course à pied, des tendances fitness et autres recettes de cuisine saine. Sportive et attentive à son hygiène de vie, Nadia, l’a toujours été. Petite, elle faisait même de la boxe américaine en douce, prétextant y emmener son petit frère.

“J’avais la chance de vivre, il fallait en profiter”

Elle a beau afficher sept marathons, un triathlon et un raid à son actif, les 10 kilomètres qu’elle a courus la veille de notre entrevue ont été durs. “Emotionnellement, c’était difficile. Mon corps refusait : j’étais complètement barbouillée.” Pour la première fois, elle avait pris le départ d’Odysséa, une course destinée à financer la recherche contre le cancer du sein : “A chaque fois que j’ai voulu y participer, j’avais une migraine. Comme par hasard… Je ne me sens pas du tout à l’aise dans ces courses caritatives. Elles me rappellent trop la maladie alors que je m’efforce de l’effacer.” Tout en soulignant l’importance de la prévention car, plus le diagnostic est précoce, plus grandes sont les chances de guérison. “Je reçois des messages de femmes atteintes d’un cancer qui me disent que je leur donne de la force. Il faudrait que j’arrive à en parler sur mon blog, mais je n’ai pas envie d’être dans le pathos”, confesse cette épicurienne.

Pourtant, l’expérience de cette éternelle optimiste pourrait en inspirer beaucoup et les aider à surmonter l’épreuve de la maladie. “A l’annonce du diagnostic, je me suis dit que je considérerai le cancer comme un marathon avec les difficultés qui surviennent au fur et à mesure du parcours. Je savais que les séances de chimiothérapie seraient des ‘murs’ qu’il me faudrait franchir jusqu’à atteindre la ligne d’arrivée qui correspondrait à la fin du traitement et à la guérison.”

Convaincue de l’importance d’avoir des objectifs et des projets, elle achète, avant même d’attaquer la chimiothérapie, un dossard pour le marathon de Florence, la ville de la Renaissance, destination hautement symbolique. Et deux mois après la fin de sa chimio, elle remporte sa médaille de “finisher”. “Je me disais que je verrai bien si j’arrive à me préparer ou pas. J’essayais de faire un peu de sport chaque jour, ne serait-ce que cinq minutes de yoga”, poursuit celle qui confesse être allée en courant à ses rendez-vous chez le radiothérapeute, bien que ce dernier le lui avait déconseillé. Pendant cette phase de chimiothérapie, elle participe à trois courses, mais sans se mettre la pression au niveau du chrono. “Je pensais que j’avais la chance de marcher alors que d’autres n’y arrivent pas. J’avais la chance de vivre, il fallait en profiter. Et puis je courais aussi pour mes enfants. Tant que je ramenais des médailles à la maison, c’est que tout allait bien, que tout était comme avant.”

Outre l’activité physique, l’écriture et la méditation l’ont aussi beaucoup aidée à s’apaiser. “Et puis bien sûr, j’ai eu la chance d’être entourée et d’avoir des personnes qui prennent le relais dans les périodes les plus éprouvantes pour s’occuper des enfants, préparer les repas.” Autre facteur déterminant : s’efforcer d’avoir une vie normale. “Je ne voulais pas passer du temps avec des 
personnes malades mais avec mes copines pour qu’on continue de parler de tout et de rien autour d’un café ou en courant à une allure très lente. Je me rends compte que le sport a été vital pour moi quand je n’allais pas bien.”
 Idem vis-à-vis de ses enfants, elle se levait le matin avant eux, prenait le temps de se maquiller avant de les réveiller pour retourner se coucher une fois qu’ils étaient partis à l’école…

“Maman, tu aimerais que je te cache mon cancer ?”

Si Nadia n’a pas fait appel à un psychothérapeute pendant son traitement, avec du recul, elle se dit qu’elle aurait dû consulter. “Cela m’aurait aidé à l’annoncer à mes proches. Ce qui n’a pas été une mince affaire. Je n’ai osé en parler à mon mari qu’un mois après avoir commencé les analyses et une fois le diagnostic confirmé. Etant le pilier de la maison, j’estimais que je n’avais pas le droit de m’écrouler ni d’être un poids pour mes proches. Je l’ai, dans la foulée, annoncé à mes enfants, qui avaient 7 et 10 ans, et à mes frères et sœurs. J’ai épargné ma mère car mon père est décédé des suites d’un cancer, justement…”, confie-t-elle.

Mais la vérité finit toujours par sortir de la bouche des enfants. “Le jour de l’aïd, alors qu’on était tous réunis chez ma mère, j’étais toute pimpante avec ma perruque et mon maquillage soigné, ma fille s’adresse tout à coup à sa grand-mère au milieu du repas : ‘Tu sais que maman n’a plus de cheveux !’ Ma mère : ‘Comment ça ?’ et ma fille continue : ‘Ben oui, elle porte une perruque !’ Ma mère est tombée dans les pommes, explique la blogueuse. Par la suite, j’ai demandé à ma fille pourquoi elle avait agi ainsi. Elle m’a répondu : ‘Mais maman, tu aimerais que j’aie un cancer et que je te le cache ?’” Une vraie leçon de vie.

En rémission dans deux ans

Si Nadia a toujours été hyperactive, le cancer lui a donné encore plus l’envie de se dépasser et d’aller au-delà de ses limites. “Il était hors de question pour moi d’être une malade qui se plaint. Bien sûr, j’ai peur de la récidive. Et je ne serai considéré en rémission que dans deux ans, mais en attendant la vie continue.” Ainsi, récemment, elle a participé à Pop in Genève, un raid urbain durant lequel les participantes doivent relever des challenges sportifs et culturels. “J’ai dû manger des criquets, prendre un serpent dans mes bras et sauter du haut d’un immeuble alors que j’ai le vertige”, s’amuse Nadia, avouant tout de même : “J’étais liquéfiée, mais je l’ai fait. Je suis bien obligée de mettre en pratique ce que je répète à mes enfants et à mes élèves : challengez-vous !” Ses prochains défis ? Le marathon de New York, en novembre. Ce sera son huitième ! Et à terme ? “Je me lancerais bien dans un trail en Thaïlande ou en Indonésie.” Insatiable… 

Nadia a déjà couru plusieurs fois déjà les mythiques 42,195 km  de New York.

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