Editos.A l'épreuve de la France réelle

Crédit photo : Ludovic Marin / AFP

Le directeur de la rédaction, Abdellatif Elazizi revient durant le mois de mars sur la présidence Macron et sa confrontation aux mouvements sociaux.

Le déplacement d’Emmanuel Macron en banlieue parisienne, dans le cadre du grand débat, n’a pas fait que des heureux. A Evry-Courcouronnes (Essonne), Azzédine Taibi accusait sans ménagement les collaborateurs du Président de lui avoir refusé le droit à la parole. Dépité, le maire de Stains (Seine-Saint-Denis) a posté son discours sur sa page Facebook. Un beau texte sur les maux dont souffrent les banlieues : “La vérité, Monsieur le Président, et je vous le dis sans détour, c’est que nos quartiers populaires sont délaissés. Pire, ils sont stigmatisés, non considérés, non respectés. Les politiques spécifiques nous emprisonnent, nous ­stigmatisent et nous éloignent chaque jour du droit commun. Vous le savez, un rapport parlementaire inédit a été publié l’an dernier sur l’action de l’Etat en Seine-Saint-Denis, pointant ‘la République en échec’. Dans au moins trois domaines, l’Etat recule, partout, pour tous.” S’ensuit un dur réquisitoire contre le bradage de l’école, l’abandon de la lutte contre l’habitat indigne et la question majeure de l’insécurité dans ces quartiers.

La fracture, une hydre à multiples facettes

Je ne pense pas que le modérateur désigné par Emmanuel Macron ait délibérément choisi d’ignorer la main levée du maire de Stains, mais ce qui est certain, c’est que les maux dénoncés par l’édile sont bien réels. Tous les soliveaux politiques qui se sont succédé, de gauche ou de droite, ont tourné le dos aux banlieues, comme on balaie la poussière sous le tapis, ­laissant à l’héritier le soin de désamorcer la bombe sociale. Car, aujourd’hui, les banlieues sont frappées de plein fouet par le déclassement national.

Pour oser le vrai diagnostic, il eût fallu qu’Emmanuel Macron, comme François Hollande et les autres avant lui, ait osé dénoncer l’enlisement insidieux des territoires placés hors de la République. Disons le clairement, la fracture est une hydre à multiples facettes : économique, bien sûr, mais aussi urbanistique, sociale, historique et même culturelle. Les banlieues ont autant besoin de mesures concrètes – des équipements socio-éducatifs, par exemple – que de décisions symboliques. Inaudible à l’intérieur de l’Elysée, ignorée par l’élite du pays, la France bigarrée de la périphérie rame à contre-courant dans la compétition nationale.

Le dossier brûlant des banlieues à saisir

Pourtant, les talents ne manquent pas dans les quartiers périphériques. Les musées, les concerts et autres manifestations culturelles gagneraient à se déplacer de temps à autre dans “ces ghettos”. Pour l’instant, le président de la République, qui a enterré le “plan Borloo” sur les banlieues, a-t-il raté une occasion rêvée de répondre au malaise d’un grand nombre d’élus de terrain ? Dans un pays hanté par la crainte du naufrage, face à la crise des “gilets jaunes” qui redessine le paysage d’une République noyée dans ses contradictions, le “roi nu” a pourtant une chance à saisir. Celle, avec le dossier brûlant des banlieues, de faire taire le tohu-bohu médiatique qui caractérise tout ce qui touche aux populations de la marge. 

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