Editos.Le règne des populistes

Des “gilets jaunes” manifestent à Tripoli (Libye), le 19 avril, pour dénoncer l’offensive du maréchal Haftar et la France, accusée de le soutenir.(crédit photo : Ludovic Marin/AFP)

Le directeur de la publication, Abdellatif Elazizi revient sur les turpitudes de la classe politique française notamment avec les pays étrangers.

La classe politique française ne retient pas les leçons de l’Histoire. Persuadée d’être toujours au centre de celle-ci, agitant son passé colonial comme un trophée, par rapport à l’Afrique, elle se laisse encore bercer par la conviction que c’est dans les vieilles marmites qu’on réussit toujours les bonnes recettes.

Résultat, l’arrogance des milieux politiques hexagonaux n’a pas de limite, comme lorsque la justice française se permet de poursuivre un ancien Premier ministre marocain comme au bon vieux temps des colonies, dans une histoire pourtant maroco-marocaine, l’affaire de l’ex-capitaine de l’armée de l’air Mustapha Adib, qui avait porté plainte contre Abdelilah Benkirane, alors chef du gouvernement, pour “diffamation” en… 2014 !

Pas d’empathie avec le peuple en souffrance

Mais aussi dans les magouilles politiciennes libyennes, où l’Hexagone manigance en sous-main pour mettre à la tête du pays un gradé de la pire espèce, le maréchal Haftar, qui a déjà bien du sang libyen sur les mains. Au Soudan, il n’échappera à aucun observateur digne de ce nom que la menace de guerre civile ouverte à la suite de la répression déclenchée par le gouvernement militaire a le soutien de la France et des Etats-Unis, même si ces Nations avancent cachées derrière ces fous furieux qui gouvernent d’une main de fer l’Egypte, l’Arabie saoudite ou les Emirats.

Bien sûr, quand François Hollande pérorait que “la Françafrique, c’était fini”, personne n’avait cru ce vieux roublard de la politique. Mais on avait cru déceler, dans la voix d’Emmanuel Macron, lors de son dernier voyage à Alger, une indignation non feinte quand il avait qualifié la colonisation française de “crime contre l’humanité”. C’était une première et ça présageait au moins d’une rupture avec le passé. On a au contraire une posture qui met surtout à nu l’exception d’une certaine immaturité politique au moment où on a le plus besoin d’une approche conciliatrice avec les peuples du Sud, déjà bien malmenés par des chefs d’Etat portés au pouvoir par un vote populiste massif et qui jouent allégrement aux gangsters sans une quelconque empathie avec des populations en souffrance.

La classe politique française – encore elle – n’a pas encore compris qu’en laissant perdurer la Françafrique, elle joue le jeu des Donald Trump (Etats-Unis), Benyamin Netanyahou (Israël), Mohammed ben Salmane (Arabie saoudite) ou encore Viktor Orban (Hongrie). Des hommes qui ont le vent en poupe bien qu’ils insultent tous les jours l’avenir du monde avec une insolente effronterie. D’un point de vue géopolitique, ces “dictateurs”, dont certains ont bel et bien été élus, cherchent à étendre leur influence dans toutes les régions du monde et assurer la mainmise sur les ressources agricoles et minières, bref le contrôle de ressources économiques.

Se souvenir du national-socialisme

La haine de l’étranger, du migrant, de l’arabe, des musulmans est l’ADN de cette droite radicale populiste dont se réclament ces compères. Une mouvance dangereuse dont les idées phares sont l’autoritarisme, la dichotomie peuple-élites, le racisme et son corollaire, la détestation de l’autre, l’étranger. “On se tue toujours trop tard”, écrivait Cioran. Il ne faut pas oublier qu’en plein cœur de l’Europe naissait il y a presque un siècle de cela cette effroyable machine à broyer les hommes que fut le national-socialisme. 

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