Gnawa Diffusion : “Un chanteur engagé n’est que le médiateur d’une révolution”

 Gnawa Diffusion : “Un chanteur engagé n’est que le médiateur d’une révolution”

Amazigh Kateb


Pour son grand retour au festival Arabesques, qui se déroule du 10 au 22 Septembre à Montpellier, le chanteur et leader du groupe mythique algérien Gnawa Diffusion évoque la révolution algérienne et son impact sur son engagement. 


Vous êtes de retour sur la scène du festival Arabesques. Avant la sortie d’un nouvel album ?


Oui, nous sommes très heureux de revenir ici, c’est toujours un plaisir. C’est un événement qui prend de l’ampleur avec une vraie démarche de désenclavement des cultures du Sud. Poser la culture arabe comme trait d’union entre les gens est à mon sens très positif. Nous sommes en préparation d’un nouvel album depuis près de deux ans mais il a pris du retard pour différentes raisons. Depuis février, nous avons mis la production entre parenthèses pour se concentrer sur la révolution en Algérie. Mais nous allons nous y remettre. Si tout va bien, l’album sortira fin 2019, début 2020 au plus tard.


 


Aviez-vous senti venir ce vent de contestation en Algérie ?


Pas vraiment. Comme pour les phénomènes météorologiques, il est difficile de prédire les grands bouleversements. Il est évident que cette révolution est en accord avec son temps, elle répond au besoin planétaire de démocratie, de participation. Elle correspond à une crise démocratique mondiale, une crise des régimes, une crise de la décision et de la représentation. Aujourd’hui, aussi bien en Algérie qu’ailleurs, nous sommes en présence de populations plus instruites que par le passé, qui ont lu, qui ont pu comparer différents modèles politiques. On assiste à un vrai besoin de mise à jour, d’actualisation de la façon de gouverner, des leviers démocratiques à mettre en place. La crise de représentation est réellement planétaire, la contagion révolutionnaire fait son travail malgré la propagande ambiante.


 


Quel impact a eu cette révolution sur votre engagement et votre production artistique ?


Pour être honnête, j’ai eu une période où je n’avais plus de sujet d’engagement. Un artiste, quand il s’engage, le fait au service de causes, pour les porter autrement. L’expression artistique accompagne une action ou une intention révolutionnaire. Depuis 2011-2012, je ne voyais pas de dynamique palpable à laquelle me joindre. Cette révolution en Algérie a éveillé ma conscience engagée en sommeil depuis dix ans. Les gens sont dans la rue, il y a une vraie contestation qui dicte la marche à suivre. Ce sont les révolutions qui produisent l’engagement, c’est la colère sociale qui créée la raison. Un chanteur engagé n’est que le médiateur d’une révolution, d’un mouvement, d’une pensée. C’est salutaire pour moi en tant qu’artiste et en tant que citoyen, d’assister à cette révolution et de l’accompagner, de mettre des mots dessus. Il y a des moments de stagnation quand on est artiste, où on ne sait plus où aller mais la révolution, quand elle se réveille, nous montre très vite la direction. 

Jonathan Ardines