Trump et Dieu

Illustration montrant Donald Trump et une image générée par IA le représentant en Jésus-Christ, publiée sur Truth Social après ses critiques contre le pape Léon XIV. © Mandel Ngan / AFP
Ce qu’il y a de bien avec Donald Trump, c’est qu’il fait l’unanimité contre lui et, grâce à ses excès, il cristallise toutes les passions. Il est, pour ses admirateurs béats, le « Rambo » des temps modernes, ce « chef d’État viril » aux attributs masculins marqués par la force physique, les rodomontades, le paternalisme et une posture guerrière.
Il est aussi, pour de nombreux Américains, celui qui va détrousser les peuples du monde pour assurer l’âge d’or des populations de l’Oncle Sam. Pour ceux qui sont empêtrés dans le trip évangélique, c’est même le messie qui va délivrer le monde des forces du mal.
Mais selon les chrétiens purs et durs, c’est l’Antéchrist en personne, ce personnage de la fin des temps qui, selon toutes les traditions religieuses, s’oppose au véritable Christ en se faisant passer pour lui. Un être vil qui se distingue par la négation du retour de Jésus, fait un usage immodéré de prodiges mensongers, n’hésite pas à pratiquer la séduction religieuse alors qu’il est adepte de la persécution des croyants et coupable d’apostasie, entre autres.
Quand Trump se fabrique, grâce à l’intelligence artificielle, une image de lui en Messie, le président américain réussit même l’exploit de choquer dans son propre camp. Face au scandale de cette image, il l’a tout simplement retirée sans autre explication.

Quant aux musulmans, nul besoin d’être devin pour comprendre la haine que le président américain voue à ces milliards de croyants, poussant même le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), la plus grande organisation de défense des droits civiques des musulmans aux États-Unis, à dénoncer les propos du président américain, accusé de « se moquer » de l’islam.
Ses moqueries sur le Dieu des musulmans ont même provoqué l’indignation de ses partisans les plus farouches, à commencer par Tucker Carlson, qui n’a pas hésité à sermonner Donald Trump en l’interpellant directement : « Vous n’êtes pas Dieu. »
Sur cette question, on passera sur le silence gêné des leaders et autres chefs religieux dans les pays arabo-musulmans, qui font semblant de regarder ailleurs, mais on ne peut passer outre la passe d’armes entre Léon XIV et Donald Trump, à la suite de la violente charge de ce dernier contre le pape, dont les critiques sont d’abord morales, faites au nom de l’Évangile.
En digne porte-parole d’une Église qui doit pouvoir « partout et toujours » prêcher la foi, enseigner sa doctrine sociale, accomplir sa mission… et aussi « porter un jugement moral, même en des matières qui touchent le domaine politique, quand les droits fondamentaux de la personne ou le salut des âmes », face au rouleau compresseur du magnat de l’immobilier, propulsé aux affaires par les sionistes du Congrès, celui qui veille sur une communauté de 1,4 milliard de catholiques ne rate d’ailleurs aucune occasion d’appeler au respect du droit international.
Contrairement aux dirigeants de la vieille Europe, qui redoutent avec effroi les représailles du président américain, Léon XIV ne craint pas de dénoncer le coup de force : « Une diplomatie qui promeut le dialogue et recherche le consensus de tous est remplacée par une diplomatie de la force. La guerre est revenue à la mode et une ferveur guerrière se répand. »
Même lorsque les deux compères Trump et Benjamin Netanyahu invitent le Vatican, en janvier dernier, à se joindre au fameux et fumeux « Conseil de la paix », le pape dit niet.
Trump, qui se dit chrétien, peut-il espérer obtenir l’absolution de ses fautes par le premier prêtre de l’Église ? Rien n’est moins sûr, parce que le processus exige d’abord la confession des fautes, ensuite la pénitence avec la promesse de réparer le mal commis, et enfin l’acte de contrition en lui-même, qui consiste pour le pénitent à exprimer son repentir.
Trop d’exigences pour l’ancien magnat de l’immobilier, qui voit le monde en noir et blanc, un président chaotique, à la fois égocentrique et capricieux, de la première puissance du monde, qui pratique l’imprévisibilité comme vertu.
Selon les spécialistes, « la pyromanie est un trouble du contrôle des impulsions où l’individu ressent une tension intense avant de déclencher un incendie, suivie d’un soulagement ou d’une gratification ». Hallucinant !
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