Gaza : la France n’a jamais cessé de livrer des armes à Israël, preuves à l’appui

 Gaza : la France n’a jamais cessé de livrer des armes à Israël, preuves à l’appui

Obusier automoteur (howitzer) SIGMA 155 Roem développé par Elbit Systems pour l’armée israélienne, la photo de couverture du rapport documentant les exportations d’équipements militaires français vers Israël.

Dans un rapport dense, méthodique, rendu public ce mardi 7 avril, le Palestinian Youth Movement et Urgence Palestine documentent ce que beaucoup soupçonnaient sans parvenir à le prouver : la continuité, après le 7 octobre 2023, des flux d’équipements militaires entre la France et Israël. Non pas à la marge, mais à l’échelle industrielle.

Le chiffre donne le vertige : 525 cargaisons expédiées vers des filiales d’Elbit Systems, pilier technologique de l’armée israélienne. À cela s’ajoutent 117 vols opérés par FedEx, transportant des composants liés aux chasseurs F-35 de Lockheed Martin, ayant transité par Roissy avant de rejoindre la base de Nevatim.

Rien d’illégal, officiellement. Rien de secret non plus, mais tout est là : fragmenté, dilué, invisibilisé dans la banalité logistique.

Pièces anodines, effet total

Ce que révèle ce travail, ce n’est pas seulement une série d’exportations. C’est une architecture. Une chaîne d’approvisionnement globale où chaque pièce, aussi insignifiante semble-t-elle, devient indispensable à l’ensemble.

Une visière, un alternateur, un tube de canon, un panneau avionique. Pris isolément, rien qui ne fasse scandale. Mais assemblés, ces éléments composent une machine de guerre parfaitement fonctionnelle.

Un tissu industriel impliqué

Les entreprises françaises citées ne sont pas des acteurs marginaux. Thales, Aubert & Duval, Sermat, ou encore Eurolinks : autant de maillons d’un écosystème industriel stratégique. Le rapport décrit leur rôle opérationnel.

Sans certains composants produits en France, affirment les auteurs, des systèmes de drones, d’artillerie ou d’aviation israéliens ne pourraient tout simplement pas fonctionner.

L’État sait et laisse faire

Derrière la précision technique, une question politique brutale : que vaut la position officielle de la France sur le droit international si, dans le même temps, elle autorise ou tolère ces flux ?

Car ces exportations ne sont pas spontanées. Elles passent par un filtre administratif, celui de la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre. Autrement dit : l’État sait.

Narratif en crise

Depuis deux ans, la ligne gouvernementale tient en un équilibre rhétorique fragile : soutien au droit d’Israël à se défendre, appel à la retenue et dénégations répétées quant à toute implication directe dans des opérations offensives.

Le rapport fissure ce récit. Il suggère que la distinction entre matériel « défensif » et « offensif » relève moins d’une réalité technique que d’un confort diplomatique.

Le risque… en principe sanctionné

Le cœur du problème est là. Le Traité sur le commerce des armes interdit explicitement les transferts lorsqu’il existe un risque clair que ces équipements servent à commettre des crimes internationaux.

La Cour internationale de Justice, dans ses ordonnances de 2024, a précisément pointé ce risque concernant Gaza. Et Israël commet un génocide à Gaza, a affirmé de son côté, en septembre 2025, une commission d’enquête de l’ONU. À partir de quand, donc, l’aveuglement devient-il une faute ?

Le mot qui dérange

Le rapport parle de « complicité » du gouvernement français. Le terme suppose l’intention ou, à tout le moins, la connaissance. C’est là que le débat s’enflamme et qu’il devient politique au sens plein.

Car reconnaître cette complicité reviendrait à admettre que la France, patrie autoproclamée des droits de l’homme, participe, directement ou indirectement, à une entreprise qu’elle condamne officiellement.

Une inertie organisée

Les auteurs avancent une série de demandes : embargo total, suspension immédiate des licences, enquête parlementaire, mécanisme de traçabilité, sanctions pénales.

Rien de révolutionnaire sur le papier. Tout paraît, au contraire, conforme aux engagements internationaux de la France. Et pourtant, aucune de ces mesures n’a, à ce jour, été sérieusement engagée.

La dissociation comme méthode

Il y a, dans cette inertie, quelque chose de profondément contemporain : une manière de gouverner par dissociation, dire une chose, en faire une autre et compter sur la complexité des chaînes logistiques pour dissoudre la responsabilité.

La question n’est plus seulement ce que fait Israël. Elle devient : que fait la France, et jusqu’où est-elle prête à regarder ailleurs ?


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Le rapport complet : Reports — Peoples Embargo for Palestine 

Couverture du rapport documentant les exportations d’équipements militaires français vers Israël
Couverture du rapport documentant les exportations d’équipements militaires français vers Israël