France.Salafisme : François Burgat révèle une note des renseignements français datant de 1928

François Burgat, photo Seif Soudani / LCDA

L’islamologue François Burgat vient de mettre à disposition du grand public une copie d’une note des services de renseignements français datant de 1928, adressée par le "Service des affaires musulmanes" du ministère des colonies de l’époque au gouverneur général de l’Afrique-Occidentale française (AOF). On peut y lire l’intérêt précoce des autorités françaises alors de sonder le phénomène naissant de résurgence du salafisme dès la fin des années 20. En voici la transcription.

"Paris, le 24 Avril 1928

No. 174

Demande de renseignements sur les « Salafiyah » en AOF

Depuis quelques années, il se manifeste dans le monde de l’Islam un mouvement de rénovation qui parait devoir retenir notre attention. Ce mouvement intellectuel qualifié de mouvement « Salafi » tend à réaliser, dans l’ordre religieux, des réformes qui doivent ramener les pratiques culturelles à la pureté de l’Islam primitif. Bien qu’il se développe en dehors de l’influence d’Ibn Seoud et des Ulémas de Nedjd, il n’est pas sans rappeler, sur divers points, le wahabisme d’Arabie et a été quelquefois confondu avec lui. Il est déjà très agissant au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Il semble que les agitateurs communistes s’y intéressent comme ils s’intéressent à tout ce qui peut troubler l’ordre établi, exalter les particularismes et réaliser la confusion.

Mais, même s’il n’est pas utilisé par des éléments européens hostiles à notre influence, le mouvement « salafi » n’est pas sans présenter, au point de vue de l’ordre public et du maintien de notre autorité, des dangers sérieux contre lesquels il convient de se prémunir. Son action, ainsi qu’il est de règle dans l’Islam et dans tous les schismes religieux, sortira nécessairement du domaine théologique pour devenir politique. D’autre part, cette réforme religieuse s’attaque, en fait, à toutes les personnalités religieuses à qui leur attachement à la tradition régnante et aussi leur dévouement à notre cause, ont permis d’occuper une situation de premier plan. Elle est également hostile aux congrégations qui ont une si grande place dans la vie religieuse des Musulmans de l’OAF et dont nous avons pu apprécier le concours."

Une note que l'islamologue qualifie de "Archéologie coloniale de l’idéologisation politique du soufisme".

S.S

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