Kaouther Ben Hania refuse un prix à Berlin, Tunis salue un « geste de principe »

 Kaouther Ben Hania refuse un prix à Berlin, Tunis salue un « geste de principe »

C’est un refus remarqué sur la scène internationale. La cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania a décliné un prix qui devait lui être remis à Berlin, invoquant explicitement la présence d’institutions et de représentants israéliens parmi les partenaires et invités du festival.

Dans une déclaration transmise aux organisateurs, la réalisatrice a affirmé ne pas pouvoir accepter une distinction dans un cadre où Israël était officiellement représenté, en raison de la guerre en cours et de la situation humanitaire dramatique à Gaza.

Son geste, mûrement réfléchi selon son entourage, s’inscrit dans une prise de position assumée en faveur de la cause palestinienne. « L’art ne peut être dissocié du contexte politique et humain », aurait-elle fait savoir, estimant qu’accepter le prix aurait été en contradiction avec ses convictions.

La décision a immédiatement suscité une vague de réactions. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes tunisiens et arabes ont salué un acte « courageux » et « cohérent ». D’autres voix, notamment en Europe, ont évoqué la délicate frontière entre engagement politique et diplomatie culturelle.

Le film présenté par Kaouther Ben Hania à Berlin, « The Voice of Hind Rajab », en lice pour le Lion d’or remis à la Mostra, est inspiré d’une histoire réelle survenue dans la bande de Gaza, territoire palestinien ravagé par les bombardements et le blocus. Fidèle à sa démarche artistique, la cinéaste y explorerait des trajectoires humaines marquées par la violence, la mémoire et la résilience. Cette dimension renforce la portée symbolique de son refus.

 

Le ministère des Affaires culturelles appuiela décision

À Tunis, le ministère tunisien des Affaires culturelles a rapidement réagi hier mercredi en saluant « une courageuse position de principe en cohérence avec les valeurs de solidarité du peuple tunisien envers le peuple palestinien ». Dans un communiqué inédit dans sa teneur, il a mis en avant « l’engagement éthique d’une artiste dont le parcours honore la Tunisie sur la scène internationale ».

Le département a rappelé que la liberté d’expression et d’engagement constitue un droit fondamental des créateurs, soulignant que le choix de Kaouther Ben Hania relève d’une conviction personnelle respectée par les autorités culturelles.

Figure incontournable du cinéma tunisien contemporain, la réalisatrice s’est imposée au fil des années comme une voix singulière, attentive aux fractures sociales et aux récits dits « invisibilisés ». En refusant ce prix berlinois en raison de la présence israélienne, elle transforme un moment de reconnaissance artistique en acte politique assumé.

Au-delà de la controverse, cet épisode illustre la place croissante qu’occupent les enjeux géopolitiques dans les grandes manifestations culturelles internationales. Pour Kaouther Ben Hania, l’art demeure indissociable d’une conscience du monde — quitte à renoncer aux honneurs.

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