Libye.Sommet de Berlin : la montagne accouche d’une souris

Trop peu, trop tard. C’est en ces termes que l’on pourrait résumer les indigentes conclusions du sommet international sur la Libye, clôturé en grande pompe à Berlin hier dimanche, en l’absence de la Tunisie et du Maroc.  

La veille, Carthage, visiblement soucieux de sauver la face, avait annoncé avoir décliné une invitation de la chancelière allemande au motif d’avoir été exclu des préparatifs et que « l’invitation arrive trop tard ».  

Vœux pieux d’une paix factice

Mais à la lecture des pseudo « accords » qui ressortent de ce sommet finalement à l’allure expédiée, le président Kais Saïed a probablement dû se dire soulagé de ne pas avoir perdu son temps. Ainsi les principaux pays concernés par le conflit en Libye ont promis dimanche de « respecter un embargo sur les armes et de ne plus interférer dans ses affaires intérieures, pour tenter d’y ramener la paix ». La belle affaire !

Autant dire que l’impact de cet engagement pris à Berlin sur le terrain au sud de Tripoli, où règne une bien fragile trêve entre belligérants, est plus qu’incertain. Et pour cause, les deux ennemis directs, Fayez al-Sarraj, le chef du Gouvernement d'union nationale reconnu par l'ONU à Tripoli, et son rival qui contrôle 90% du territoire libyen Khalifa Haftar, ont refusé de se rencontrer lors de cette conférence tenue sous l'égide de l'ONU.

La Russie et les Emirats en position de force

Il y a quelques jours, lors du prélude à ce sommet à Moscou, les deux hommes s’étaient déjà quittés sans que le maréchal Haftar ne signe un accord de paix, ce qui annonçait déjà le fiasco de Berlin réduit à des annonces ornementales. Une passivité qui fait dire à certains analystes  que c’est bien la Russie de Poutine, soutien de Haftar, qui est toujours à la manœuvre, et avec elle les Emirats de Mohamed Ben Zayed, auquel le New York Times consacrait le 9 janvier un long article le qualifiant de nouvel homme fort de la région.      

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a beau exprimer des formules conciliantes en reconnaissant que la conférence avait été « très utile », le même homme affirme que « le fossé reste béant » entre les deux camps en guerre. « Il est clair qu'on n'a pas réussi pour l'instant à lancer un dialogue sérieux et stable entre eux », a-t-il concédé à la presse à Berlin en fin de journée.

Même Angela Merkel, hôte de la conférence, ne parle que d'un « petit pas en avant », au moment où le Monde expliquait samedi ce regain soudain d’intérêt allemand pour la situation géopolitique de la région par la politique migratoire de l’Allemagne. Un élément de politique intérieure qui pousse ce « géant retissent » à abandonner sa neutralité post 2ème guerre mondiale, pour sortir de sa réserve diplomatique.  

Le sommet a par ailleurs servi à certains médias de propagande de verser dans l’intox en affirmant que le président turc Erdogan avait quitté précipitamment le sommet après qu’Emmanuel Macron ait accusé la Turquie de mobiliser en Libye des combattants ayant servi en Syrie. Non seulement Erdogan a bien posé pour la photo de groupe finale post conférence, l’agence turque Anadolu rapporte son départ dans les conditions les plus normales qui soient.

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