Naomi Klein : “Se libérer du sionisme, cette fausse idole”

Naomi Klein lors d’une manifestation de juifs américains contre la guerre à Gaza, à New York, en avril 2024. Carsten Koall / Getty Images Europe / Getty Images via AFP
Face à la guerre à Gaza, l’essayiste Naomi Klein s’impose comme une voix critique du sionisme. Lors d’une prise de parole marquante à New York, elle appelle à se libérer d’une “fausse idole” et à repenser l’engagement juif au nom d’un principe universel.
L’onde de choc provoquée par les massacres de l’armée israélienne à Gaza est immense. Elle s’accompagne de l’entêtement de l’équipe de Benyamin Nétanyahou à poursuivre son nettoyage ethnique, qualifié de génocide par plusieurs organisations internationales. Cette situation a réveillé des consciences au sein même de l’État hébreu, mais aussi dans la communauté juive en Occident.
L’intellectuelle juive canadienne Naomi Klein a toujours tenu une position claire vis-à-vis de la situation dans les territoires occupés. Militante des droits de l’homme reconnue pour ses analyses politiques, elle critique à la fois le fascisme, le capitalisme et le sionisme.
En avril 2024, l’essayiste prend la parole lors d’une manifestation de juifs américains à New York. Ils dénoncent le soutien des États-Unis à Israël. Cette mobilisation a lieu pendant la Pâque juive, qui célèbre l’exode des Hébreux hors d’Égypte sous la conduite de Moïse.
L’ivresse et la souillure
Dans cette allocution longuement applaudie retranscrit par le Guardian, Naomi Klein appelle à se libérer du projet sioniste, qu’elle accuse de commettre un génocide au nom des juifs.
“Ce que je veux vous dire ce soir, lors de ce séder révolutionnaire et historique dans les rues, c’est qu’un trop grand nombre de notre peuple adore une fois de plus une fausse idole. Ils sont captivés par elle. Ivres d’elle. Souillés par elle. Cette fausse idole s’appelle le sionisme.”
“Le sionisme est une fausse idole qui a pris l’idée de la Terre promise et l’a transformée en acte de vente pour un ethno-État militariste. C’est une fausse idole qui transforme nos récits de justice en instruments de domination, jusqu’au nettoyage ethnique et au génocide.”
Malgré la répression policière, marquée par l’arrestation de nombreux manifestants juifs à New York, la militante poursuit son engagement.
Elle rappelle ensuite l’expulsion massive des Palestiniens lors de la Nakba. Puis, elle propose une autre vision du judaïsme. Un judaïsme universel, qui ne peut être défendu par la violence d’un État. Selon elle, l’armée israélienne ne fait que “semer le chagrin et récolter la haine – y compris contre nous en tant que juifs”.
Enfin, elle tord le cou aux accusations d’antisémitisme souvent utilisées pour faire taire les critiques. Elle affirme que le judaïsme n’est pas menacé par les voix solidaires de la Palestine.
La position antisioniste de Naomi Klein s’inscrit dans une volonté de rendre universel le principe du “plus jamais ça”. Un principe qui doit s’appliquer à tous, en tout temps.
Elle critique également l’instrumentalisation de la mémoire de la Shoah, utilisée selon elle comme un “crédit victimaire”.
Dans un dernier appel, elle invite à se libérer d’une idéologie qu’elle juge mortifère. Elle dénonce un système qui n’offre aucune perspective de paix et qui contribue à diffuser des technologies de guerre à l’échelle mondiale.

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FAQ
Qui est Naomi Klein ?
Naomi Klein est une essayiste et militante canadienne connue pour ses analyses critiques du capitalisme, du fascisme et du sionisme. Dans ce dossier, elle apparaît comme l’une des voix juives les plus fortes contre la guerre menée à Gaza.
Que dit Naomi Klein sur le sionisme ?
Lors d’un discours prononcé à New York en avril 2024, Naomi Klein qualifie le sionisme de “fausse idole”. Elle appelle à se libérer d’un projet politique qu’elle accuse de commettre un génocide au nom des juifs.
Pourquoi sa prise de position est-elle importante ?
Sa parole compte parce qu’elle porte une critique interne, juive et antisioniste, au moment où les voix solidaires de la Palestine sont souvent disqualifiées ou accusées d’antisémitisme. Elle défend au contraire un principe universel du “plus jamais ça”.
Quel lien fait-elle entre Gaza, la Nakba et la mémoire juive ?
Naomi Klein relie la situation à Gaza à l’histoire de l’expulsion des Palestiniens lors de la Nakba. Elle refuse aussi l’instrumentalisation de la mémoire de la Shoah pour justifier la violence politique et militaire d’Israël.
Quel angle de lecture pour cet article ?
Ce portrait montre comment Naomi Klein incarne une voix juive dissidente face à la guerre à Gaza. Son engagement s’inscrit dans une critique politique, morale et historique du sionisme.
